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Commerce extérieur : la dynamique des échanges s’affaiblit de 12 %

Commerce extérieur : la dynamique des échanges s’affaiblit de 12 % Spécial

Le dernier Bulletin de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD), publié le 10 octobre 2025, dresse un constat préoccupant : les échanges extérieurs du Sénégal ralentissent brutalement. Entre la chute des exportations (-6,3 %) et celle, encore plus marquée, des importations (-18,6 %), l’économie montre les signes d’un essoufflement profond, minée par la dépendance aux matières premières et aux produits importés.

Le Sénégal, porté ces derniers mois par la vigueur de ses exportations d’hydrocarbures et de phosphates, voit la mécanique s’enrayer. En août 2025, les ventes à l’étranger se sont contractées à 404,7 milliards de francs CFA, contre 431,9 milliards un mois plus tôt. Ce recul traduit moins un accident conjoncturel qu’une vulnérabilité persistante : celle d’un appareil productif encore trop concentré sur quelques ressources volatiles et peu transformées.

Le recul des ventes à l’étranger s’explique principalement par la chute spectaculaire des expéditions d’or non monétaire (-55,9 %), des produits pétroliers (-27,0 %) et des poissons frais de mer (-21,9 %), piliers traditionnels des recettes d’exportation. Seule consolation, la hausse notable des exportations de phosphate et d’acide phosphorique, respectivement multipliées par quatre et par 1,5 en un mois, a permis d’amortir la chute globale.

En dépit de ce repli ponctuel, le cumul des exportations sur les huit premiers mois de 2025 atteint 3 676,8 milliards de FCFA, soit une hausse de 61,7 % par rapport à la même période de 2024. Mais ce dynamisme apparent repose sur une base étroite : les hydrocarbures représentent à eux seuls près de la moitié des exportations, dominées par les huiles brutes de pétrole (112,2 milliards) et les produits pétroliers raffinés (64,6 milliards). Une dépendance inquiétante pour une économie encore vulnérable aux chocs énergétiques mondiaux.

Du côté des importations, la tendance est tout aussi préoccupante. Celles-ci ont chuté de 18,6 % en août, passant de 635,6 à 517,5 milliards de FCFA. L’ANSD attribue cette baisse à la contraction des achats d’huiles brutes de pétrole (-48,6 %), de graisses animales et végétales (-48,6 %), et de machines industrielles (-42,1 %). En clair, les intrants essentiels de la production nationale se raréfient, signe d’un ralentissement industriel.

Seul poste en hausse : le riz, dont les importations ont quadruplé (41,1 milliards contre 8,9 milliards le mois précédent), révélant la dépendance persistante du pays à l’égard des denrées de base étrangères, malgré les ambitions affichées d’autosuffisance alimentaire.

Le cumul des importations à fin août atteint 4 721,9 milliards de FCFA, en légère progression de 2,2 % sur un an. La Chine (14,4 %), le Honduras (13,7 %) et la Russie (9,6 %) demeurent les principaux fournisseurs du Sénégal, confirmant la diversification géographique des flux commerciaux, mais aussi une vulnérabilité accrue à la conjoncture internationale.

Un déficit commercial chronique, malgré un sursaut comptable

L’amélioration apparente du solde commercial, passé de -203,8 à -112,8 milliards de FCFA en un mois, masque mal la réalité d’un déséquilibre structurel. Si le déficit s’est réduit grâce à la baisse des importations d’énergie et de biens intermédiaires, il reste abyssal : -1 045 milliards de FCFA sur les huit premiers mois de 2025, contre -2 346,6 milliards un an plus tôt.

Cette embellie comptable repose davantage sur la contraction de la demande intérieure que sur un véritable redressement de la compétitivité. En d’autres termes, l’économie sénégalaise importe moins non pas parce qu’elle produit davantage, mais parce qu’elle ralentit.

Derrière la froideur des chiffres se profile une inquiétude palpable. La dépendance persistante du Sénégal aux exportations de matières premières, la faible transformation industrielle, et la hausse de la facture alimentaire traduisent un déséquilibre de fond. Le pays, engagé dans plusieurs projets énergétiques et miniers, peine encore à en tirer des effets d’entraînement sur l’économie réelle

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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