Il y a des années où l’impôt tousse, d’autres où il éternue. Et puis il y a 2025, année bénie où le fisc sénégalais n’a pas seulement respiré : il a sprinté, haletant mais victorieux, derrière un Jean Koné transformé en chef d’orchestre… ou en percepteur d’opéra, baguette levée, faisant chanter les contribuables à l’unisson. À la Direction générale des Impôts et des Domaines (DGID), on ne parle plus de recouvrement : on parle de raz-de-marée comptable.
Les chiffres ? Ils cognent. 2 915 milliards de francs CFA engrangés en 2025, contre 2 608 milliards l’année précédente. +307 milliards, +12 %, pendant que le PIB, pourtant en forme olympique, plafonne à 7,8 %. Traduction triviale : le fisc court plus vite que l’économie. Une performance qui ferait pâlir un sprinteur jamaïcain et suer un paradis fiscal.
Sous la houlette de Jean Koné, la DGID a réussi l’exploit de devenir le cœur battant de l’État, mobilisant 65 % des recettes publiques.
Autrement dit, quand l’État mange, c’est la DGID qui fait la cuisine, dresse la table et encaisse l’addition. Le reste regarde.
On pourrait crier à l’ogre fiscal. Mais non : même les entreprises ont eu droit à leur sucre d’orge républicain, avec 89,8 milliards de remboursements d’impôts (+5,5 %). Le bâton, certes, mais avec la carotte fiscale, bien sûr, et contrôlée à la virgule près.
Dans le détail, la machine Koné a tourné à plein régime : +123 milliards d’impôts directs (+9,6 %), +184,2 milliards d’impôts indirects (+14,5 %). Jamais vu. Un record qui ne doit rien au hasard, mais à une politique fiscale claire et assumée, bénie par les Plus Hautes Autorités, érigée en nouvelle morale civique. Payer l’impôt n’est plus un mal nécessaire : c’est devenu un acte de foi républicaine, presque un sacrement.
La recette ? Réorganisation, suivi serré, rappels insistants (le fisc sait être romantique), paiement mobile, traque de la fraude et de l’incivisme fiscal, avec un personnel mobilisé du sommet à la cave. Le contribuable, lui, a compris le message : l’État regarde, l’État compte, l’État encaisse.
Résultat : IS et IR à +8 %, TVA intérieure à +20 %, revenus des domaines à +68,1 %. Oui, +68,1 %. À ce stade, ce n’est plus de la progression, c’est de l’apesanteur inversée. Et dans la CEDEAO, le Sénégal bombe le torse : leader de la mobilisation des ressources intérieures. Le fisc national a désormais des airs de premier de la classe qui rend jaloux tout le rang.
Et demain ? 2026 s’annonce comme la saison 2 : poursuite du Plan de Redressement Économique et Social, réforme du Code général des Impôts, élargissement de l’assiette, digitalisation intégrale des procédures fiscales, domaniales et cadastrales. Le tout saupoudré d’un assainissement foncier qui a déjà produit 8 000 actes de morcellement et 12 024 certificats cadastraux. Le papier circule, le numérique avance, le cadastre s’éclaircit — miracle administratif.
Jean Koné, DG au sourire discret et aux chiffres tonitruants, peut savourer : en 2025, le fisc n’a pas seulement collecté, il a imposé le respect. Reste une question, corrosive comme l’encre d’un éditorial : à force de battre des records, le fisc deviendra-t-il populaire ? Probablement pas. Mais efficace, redouté et central, ça, manifestement, c’est déjà fait.
