Prolongement de son précédent ouvrage ‘’Symbil et le décret royal’’ - qui a obtenu le Grand Prix Ken Bugul du livre féminin 2024 au Sénégal - ‘’Le fils de Symbil’’ est le nouveau chef d’œuvre romanesque de l’ex-Première Dame du Tchad, Fatimé Raymonne Habré, juriste de formation.
Edité par le Carré culturel, joyau culturel créé et dirigé par Mme Habré sis aux Almadies, cet ouvrage, écrit avec rage, est un fort plaidoyer et un véritable cri du cœur contre le racisme, plus particulièrement dans le monde arabe.
‘’Est-il possible d’être noir et arabe à la fois aujourd’hui ?’’. C’est sans conteste la question centrale que pose le nouveau livre de Fatimé Raymonne Habré qui, avec sa plume alerte et très engagée, narre une histoire bouleversante et livre un combat contre l’oubli. Pour elle, le silence autour de cette traite arabo-musulmane dans les pays africains ne doit plus prospérer, surtout que le simple fait d’avoir du sang noir peut vous ramener à la condition d’esclave de vos ancêtres d’il y a plusieurs siècles.
Dans ‘’Le fils de Symbil’’, Fatimé Raymonne Habré raconte une histoire poignante, celle de Sharif Al Walid, un homme né dans un harem - où sa mère a passé toute sa vie - devenu ambassadeur, doit faire face à une société où les arabes qui ont du sang noir sont victimes d’ostracisme et de de discrimination. Surtout lorsqu’il tombe éperdument amoureux d’une jeune femme de la haute société arabe du nom de Noor.
Touché dans son amour-propre après le refus d’une partie de la famille de sa bienaimée de bénir son union avec Noor, parce qu’il est asmer (noir, esclave), le diplomate banni, mais surprotégé en même temps du fait de son sang royal, va sonner la révolte. Il décide de croiser le fer avec ses pourfendeurs, mais surtout d’aller à la quête de sa véritable identité et de ses racines, avec le soutien de Naïm, un eunuque qui a vécu avec sa mère dans le harem et qui l’avait déposé dans un orphelinat après sa naissance.
On lui avait fait croire que ses parents étaient décédés dans un accident. Toute son histoire avait été effacée. Au niveau des Renseignements généraux, son histoire faisait l’objet d’une notice rouge.
A force d’abnégation et d’opiniâtreté, Sharif Al Walid - qui réussira à décrocher un poste prestigieux - finira par renverser la vapeur. Il retrouvera sa mère se fera accepter par l’ensemble de la famille de Noor.
Une acceptation de raison pour ses contempteurs qui durent s’incliner devant le pouvoir et la puissance de l’argent.
Pour l’autrice, il était important de faire un plaidoyer contre le racisme dans le monde arabe. D’autant plus qu’elle indique, dans l’émission littéraire ‘’L’Entretien’’ sur 2STV, que les récits de l’histoire africaine ‘’ont été amputés de toute cette partie très importante et qui a des répercussions jusqu'à aujourd'hui’’.
‘’Ce sont des sujets qui m'interpellent et qui font donc l'objet de tous ces écrits et qui expriment ainsi mon engagement et surtout informer notre jeunesse, susciter un éveil de conscience, pour que les gens s'engagent à écrire tout ce qu'ils vivent. C'est l'un des engagements du Carré culturel. Notre vision, c'est vraiment promouvoir, susciter des écrits sur tous nos événements politiques, économiques, sociaux, culturels, pour que les Africains eux-mêmes aient leur regard sur leur histoire et pour la souveraineté narrative de notre vécu’’, explique clairement Fatimé Raymonne Habré.
Toujours selon la juriste de formation, ‘’cette amnésie collective des pays africains sur une partie importante de leur histoire, elle désarme intellectuellement nos jeunes et même des adultes pour pouvoir réagir face à ce qu'ils subissent au quotidien, un racisme parfois brutal, violent. Et donc, à partir de ce moment-là, je pense que les gens devraient prendre conscience de ça et essayer d'armer intellectuellement nos jeunes par un récit national complet pour qu'ils puissent déconstruire les racines de ce racisme’’.
(Vox Populi)
LA FINALE DE LA CAN ET SES PERIPETIES
L’analyse de Fatimé Raymonne Habré
Autrice et éditrice, Fatimé Raymonne Habré est aussi passionnée de football. Dans l’émission littéraire ‘’L’Entretien’’ sur la 2STV, l’ex-Première Dame du Tchad livre son analyse sur dernière finale de la Coupe d’Afrique des Nations et ses différentes péripéties.
Pour la juriste de formation, ce qui s’est passé lors de la finale de la CAN ‘’est extrêmement grave’’.
‘’Pour comprendre un peu ce qu'il y a derrière cette affaire, et qui explique l'attitude du Maroc, c'est qu'aujourd'hui, le football, ce n'est plus un divertissement. Le football est devenu un élément de stratégie pour un rayonnement international pour le Maroc. Ce pays a organisé cette CAN, avec des investissements massifs, avec des infrastructures, avec aussi tout un récit national qui a été écrit, autour d'une grosse propagande, autour de l'idée que le Maroc est la locomotive de l'Afrique, en Afrique régionale, sur le plan des banques, sur le plan économique, sur le plan de la diplomatie religieuse aussi’’, indique Fatimé Raymonne Habré.
‘’Le refus du prince marocain de remettre le trophée à l'équipe de Sadio Mané, est l'acte 1 de la crise diplomatique’’
Et d’ajouter : ‘’Donc cela veut dire que le Maroc a construit une histoire qui était de dire qu'il y a un sentiment d'exceptionnalisme, une espèce d'invincibilité, et que nous allons gagner. Et ce jour-là, le Maroc, quand il arrive sur le terrain, le Sénégal est arrivé pour jouer la finale et prendre le trophée. Mais le Maroc, ce n'est pas seulement le trophée. Le Maroc est venu pour dérouler et valider son statut de géant africain et arabe. Donc il y a eu toute cette histoire qui est derrière, et qui fait que ce sentiment d'exceptionnalisme et d'invincibilité a été heurté, ce récit-là, national, s’est heurté à la réalité du terrain. Il ne s'agit plus de sport, ce n'est plus un divertissement. Donc la réalité du terrain les rattrape, et ils sont battus, écrasés’’.
A son avis, ‘’le refus du prince marocain de prendre le trophée et de le remettre à l'équipe de Sadio Mané, est l'acte 1 de la crise diplomatique’’.
‘’C'est incroyable, parce que cet homme, c'est un prince. Ça veut dire que dès l'âge de 6 ans, il est éduqué à respecter le protocole. Il est formaté pour ça. Toute sa vie, c'est le protocole. Ses relations avec sa famille, ses relations avec son entourage, avec le personnel. Toute sa vie, c'est le protocole. Et le voilà qui arrive et qui refuse d'exécuter ce protocole. Moi, je trouve que cet acte était un acte très violent et devant 60 000 supporters marocains et devant les caméras du monde entier. 180 pays ont suivi la CAN’’, assène Mme Habré.
Avant de se dire choquée par la question des supporters sénégalais. ‘’L'arbitre siffle et le Sénégal gagne. Les supporters, qu'est-ce qu'ils font ? Tout le monde saute et danse. Eux, ils ne sont pas dans la bagarre, ils n'ont rien à faire dans la bagarre. Eux, ils chantent, ils dansent, ils jubilent, tout simplement. Mais quand les gens voient la plus haute autorité du pays sur le terrain qui dit ‘je ne donne pas la coupe, je refuse’. Ça pose problème. Le prince rejette immédiatement et totalement cette défaite. Les 60 000 supporters marocains le voient. Donc, ils disent ‘notre prince a rejeté, nous aussi, on manifeste, nous aussi, on attaque’. C'est Dieu qui les a sauvés. On a vu des photos extraordinaires où tu as des gaillards qui leur donnent des coups de poings. Ces gaillards-là sont des éléments de la sécurité’’, souligne l’autrice du roman ‘’Le fils de Symbil’’.
Pour Mme Habré, ‘’le Maroc n'était pas venu pour jouer simplement la coupe. Il voulait valider son statut de locomotive du continent, de la sous-région. Et donc, ça veut dire que la défaite a été rejetée’’.
‘’Pour les Marocains, leur défaite face au Sénégal est une anomalie politique à corriger. C'est ça qui explique tout cet investissement, ce lobbying médiatique, ces recours juridiques auprès du Tribunal arbitraire du sport. Vous savez, moi, je ne crois ni au droit dans ce monde d'aujourd'hui ni à la vérité ni à la justice. Je sais que c'est un monde du pouvoir de l'argent, un monde de lobbies, de réseaux, un monde de la diplomatie souterraine. Vous savez que si le Maroc est allé chercher la coupe-là, pour la récupérer deux mois après, auprès de la CAF, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'ils savent que le Sénégal, qui s'est battu corps et âme pour prendre cette coupe sportivement sur le terrain, n'allait pas rester tranquille, dormir, parce qu'ils avaient toute la légitimité de contester cette action. J'ai même regardé la jurisprudence du tribunal arbitral. Ils n'ont jamais géré ce genre d'affaire’’, affirme l’écrivaine.
Et elle ne manque pas de pointer ‘’la défaillance totale de la CAF’’. Pour Mme Habré, ‘’il y a eu trois précédents très dangereux’’.
‘’Le premier précédent dangereux, c'est la première fois qu'un pays gagne une coupe sportivement et qu'on fasse des recours administratifs pour pouvoir récupérer une coupe deux mois après. Ça, c'est du jamais vu. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que, maintenant, l'arbitre n'est plus le maître du terrain. C'est-à-dire que, demain, la coupe du monde, on pourra aussi encore aller chercher une coupe deux mois après, dans un recours administratif. C'est un dangereux précédent. Et là, on n'a pas entendu la CAF. Autre dangereux précédent, c'est le fait de prendre en otage des supporters. Mais, demain, le Maroc va se déplacer aussi, non ? Donc, le Maroc, s'il se déplace maintenant, il montre quoi ? Vous êtes pays organisateur. Vous avez la responsabilité de la sécurité des gens, mais vous laissez les débordements. Votre plus haute autorité, c'est elle qui déclenche les hostilités. Et maintenant, vous prenez les jeunes-là en otage’’, déclare-t-elle.
Le troisième grave précédent, selon elle, ‘’c'est le refus d'exécuter le protocole’’.
(Vox Populi)
