La rédaction
Hommage posthume : Professeur émérite de grade magistral, Sémou Pathé Guèye encore dans les esprits et dans les coeurs
Karl Marx et la question qui demeure: qu’est-ce que l’homme ?
Rendre hommage au professeur émérite de grade magistral Sémou Pathé Guèye, c’est d’abord rendre hommage à une certaine idée de la philosophie : une philosophie exigeante, profondément humaine, attentive à l’histoire, à la société et aux conditions concrètes dans lesquelles l’homme cherche à devenir libre.
Chez Sémou Pathé Guèye, la philosophie n’a jamais vocation à demeurer enfermée dans les livres. Elle est une épreuve de la pensée, une manière d’interroger le monde, de mettre les évidences à distance et de soumettre les certitudes à la critique.
C’est dans cette perspective que sa lecture de Karl Marx prend toute sa profondeur.
Marx n’est pas simplement, chez Sémou Pathé Guèye, l’auteur du Capital, le théoricien de la lutte des classes ou le critique du capitalisme. Il est aussi un penseur qui oblige à revenir à une question plus fondamentale : quelle est la réalité de l’homme derrière les abstractions économiques, politiques et sociales qui prétendent le définir ?
Et cette question — « Qu’est-ce que l’homme ? » — permet de mieux comprendre la portée de l’héritage de Sémou Pathé Guèye.
Car son enseignement nous apprend à ne jamais séparer l’homme de son monde.
L’homme est un être historique.
Il est un être social.
Il est un être de travail et de création.
Il est un être de relations.
Il est aussi un être qui aspire à la liberté et qui peut subir des formes d’aliénation.
Mais l’homme n’est pas réductible à ce qui le détermine.
C’est là que se situe l’une des exigences essentielles de la pensée : comprendre les déterminations sans abolir la liberté, analyser les structures sans effacer le sujet, expliquer les contraintes sans renoncer à la possibilité de transformer le monde.
Cette exigence traverse la réflexion de Sémou Pathé Guèye.
Elle explique aussi la place que Marx peut occuper dans son itinéraire philosophique : non comme une pensée que l’on répète, mais comme une pensée avec laquelle on dialogue, que l’on interroge, que l’on confronte à d’autres traditions et que l’on soumet elle-même à l’exercice critique de la raison.
C’est peut-être là le véritable sens de son magistère.
Sémou Pathé Guèye n’a pas seulement enseigné des philosophes ; il a enseigné à philosopher.
Et la différence est essentielle.
Enseigner des philosophes, c’est transmettre des doctrines, des concepts, des œuvres et des systèmes.
Enseigner à philosopher, c’est transmettre le courage de poser des questions, la patience de construire un raisonnement, la rigueur de distinguer une affirmation d’une démonstration, et l’humilité de reconnaître que toute pensée véritable demeure ouverte à la discussion.
C’est cet héritage que ses étudiants, ses lecteurs et ceux qui ont bénéficié de son enseignement sont appelés à prolonger.
Son œuvre intellectuelle appartient ainsi à une tradition de pensée qui refuse à la fois le dogmatisme et la superficialité.
Elle nous invite à prendre au sérieux les grandes questions : la liberté, la justice, l’histoire, la société, le travail, la dignité humaine, le pouvoir, l’émancipation.
Et derrière toutes ces questions, une seule demeure, plus fondamentale que les autres :
Qu’est-ce que l’homme ?
C’est ici que l’hommage devient aussi une méditation sur l’héritage.
Car un maître ne demeure pas seulement par ses livres ou par les titres qui lui sont reconnus.
Il demeure dans les questions qu’il a déposées dans l’esprit de ceux qui l’ont écouté.
Il demeure dans cette habitude intellectuelle de ne pas accepter immédiatement ce qui se présente comme une évidence.
Il demeure dans la volonté de comprendre avant de juger.
Il demeure dans le respect du concept, dans le goût du débat et dans l’exigence de vérité.
Il demeure surtout dans cette conviction que la philosophie doit continuer à parler à l’homme réel, à l’homme situé dans une histoire, dans une société et dans un monde qu’il peut contribuer à transformer.
C’est pourquoi l’héritage de Sémou Pathé Guèye ne doit pas être conçu comme une pensée achevée.
Un héritage philosophique véritable n’est pas une réponse que l’on conserve ; c’est une question que l’on transmet. Sémou Pathé Guèye nous transmet précisément cette question.
Et cette question nous reconduit à Marx, mais elle va aussi au-delà de Marx. Elle nous reconduit à l’histoire de la philosophie, mais elle va aussi au-delà de l’histoire de la philosophie.
Elle nous reconduit finalement à nous-mêmes.
Qu’est-ce que l’homme ?
L’homme déterminé par son histoire, mais capable de faire histoire.
L’homme pris dans des rapports sociaux, mais capable de les interroger.
L’homme soumis à des contraintes, mais qui cherche les chemins de sa liberté.
L’homme qui produit le monde et qui, en retour, doit apprendre à ne pas devenir étranger au monde qu’il produit.
Peut-être est-ce là, au fond, ce que nous retenons de Sémou Pathé Guèye : une philosophie qui ne renonce ni à la raison, ni à l’homme, ni à la liberté de penser.
Voilà pourquoi cet hommage ne veut pas simplement célébrer une carrière universitaire.
Il veut saluer un magistère intellectuel.
Celui d’un maître qui a contribué à faire de la philosophie, au Sénégal et au-delà, non pas seulement une discipline académique, mais une exigence de lucidité.
Et si nous voulons véritablement être fidèles à cet héritage, il nous appartient de poursuivre le mouvement de la pensée.
De lire Marx, mais aussi de le discuter. De recevoir Sémou Pathé Guèye, mais aussi de poursuivre son interrogation.
De respecter l’héritage, sans jamais transformer l’héritage en dogme.
Car le véritable hommage à un philosophe n’est pas de répéter ses réponses. C’est de continuer à poser ses questions.
Et parmi elles, celle qui demeure, celle qui nous rassemble et nous oblige encore
Qu’est-ce que l’homme ?
Professeur Sémou Pathé Guèye, votre héritage est peut-être là : nous avoir appris que cette question ne doit jamais mourir.
L’œil du Gaïnako.
Rentrée scolaire 2026-2027 : à l’École du Futur, « Ubbi tey, Jàng tey » devient une réalité malgré les inondations
Située aux Almadies 2, l’École du Futur a démarré les enseignements dès le premier jour de la rentrée scolaire 2026-2027. Sous la direction intérimaire de Madame Demba Yaka Tine, l’établissement entend respecter le principe « Ubbi tey, Jàng tey », tout en misant sur le numérique et l’enseignement bilingue pour préparer les élèves aux métiers de demain.
À l’occasion de la rentrée scolaire 2026-2027, l’École du Futur, située aux Almadies 2, a donné le ton en ouvrant ses classes dès le premier jour. Malgré un contexte marqué par les difficultés liées aux eaux de pluie et aux inondations signalées dans plusieurs zones, l’établissement a accueilli ses premiers élèves et lancé les enseignements conformément au principe « Ubbi tey, Jàng tey », qui signifie « ouvrir les classes aujourd’hui, apprendre aujourd’hui ».
Pour Madame Demba Yaka Tine, secrétaire exécutive de CDP Consulting et directrice intérimaire de l’École du Futur, le respect de ce principe constitue à la fois un engagement professionnel et une responsabilité envers les élèves et leurs parents.
« Au niveau de notre établissement, le Ubbi tey, Jàng tey est une réalité. Les enseignants sont en classe, les enfants sont présents et les cours ont débuté normalement », a-t-elle affirmé.
Selon elle, plusieurs mesures ont été prises en amont pour rendre l’établissement opérationnel et accueillir les élèves dans les meilleures conditions possibles, malgré les contraintes liées aux inondations. Les parents ont également été sensibilisés afin de favoriser une reprise effective des apprentissages.
Face à une présence encore limitée des élèves en ce premier jour, la directrice intérimaire a lancé un appel aux parents pour qu’ils accompagnent la dynamique de reprise.
Elle les invite à envoyer leurs enfants en classe afin qu’ils puissent profiter pleinement du programme pédagogique et ne prennent pas de retard dès les premières journées de cours.
Madame Demba Yaka Tine met particulièrement en avant l’approche éducative de l’École du Futur, fondée notamment sur l’intégration du numérique et l’enseignement bilingue. L’ambition, explique-t-elle, est de proposer un enseignement différencié, adapté aux exigences du monde contemporain et aux compétences recherchées dans les métiers de demain.
Sur le terrain, les enseignants ont répondu présents dès les premières heures de la matinée. Fatou Sambou, enseignante chargée de la petite et de la grande section, indique être arrivée à l’école vers 7 h afin de prendre part à cette reprise.
Elle confirme que l’établissement a effectivement appliqué le principe « Ubbi tey, Jàng tey », même si les effectifs demeuraient relativement faibles au cours de cette première journée.
« Nous avons opté pour le Ubbi tey, Jàng tey, comme le ministère l’a demandé », souligne-t-elle, tout en évoquant les difficultés propres à une rentrée scolaire, notamment les pleurs de certains enfants qui retrouvent progressivement le rythme de la classe après les vacances.
L’enseignante estime que les difficultés de déplacement liées aux eaux de pluie pourraient également expliquer la présence encore limitée de certains élèves.
Du côté des autres classes, les enseignements ont également démarré. M. Thiam, enseignant à l’École du Futur, confirme que les premières activités pédagogiques ont été engagées, avec notamment le français et les mathématiques.
L’établissement prévoit également des enseignements en anglais et en informatique, conformément à son orientation pédagogique. Selon l’enseignant, le démarrage des cours permet de remettre progressivement les élèves dans le rythme scolaire après plusieurs semaines de vacances.
Conscient que la reprise peut être difficile pour les enfants comme pour les équipes éducatives, M. Thiam souligne néanmoins la disponibilité des enseignants à accompagner les élèves et à contribuer au bon déroulement de l’année scolaire.
En lançant les enseignements dès le premier jour, l’École du Futur affiche sa volonté de contribuer à la mise en œuvre effective du principe « Ubbi tey, Jàng tey ». Au-delà de l’ouverture des classes, l’établissement entend mettre l’accent sur la continuité des apprentissages, l’innovation pédagogique et la préparation des élèves aux défis de demain.
Si la mobilisation des parents et la présence progressive des élèves restent essentielles pour consolider cette dynamique, la direction et les enseignants affichent leur détermination à accompagner les apprenants tout au long de l’année scolaire 2026-2027.
À l’École du Futur, le message est ainsi clairement lancé : commencer les cours dès le premier jour, c’est donner aux élèves toutes les chances de réussir leur année.
Par Mamadou Touré
FIPAN 2026 : réparations, dette, monnaie et souveraineté économique au cœur de la 11ᵉ édition
Prévue du 12 au 28 novembre 2026 à Dakar, la 11ᵉ édition du Festival international panafricain d’Nguero (FIPAN) entend placer les questions de mémoire historique, de justice, de souveraineté économique et d’unité africaine au centre des débats. Sa coordonnatrice, Sylvestine Mendy, appelle la jeunesse africaine et afro-descendante à se mobiliser pour construire un avenir fondé sur la solidarité, l’émancipation et la coopération entre les peuples.
La capitale sénégalaise s’apprête à accueillir, du 12 au 28 novembre 2026, la 11ᵉ édition du Festival international panafricain d’Nguero (FIPAN). Pour cette nouvelle édition, les organisateurs ont choisi de mettre en avant un thème majeur : « Réparations, dettes, monnaies et souveraineté économique ». Un sujet qui, selon Sylvestine Mendy, coordonnatrice du festival, traduit la volonté des panafricanistes de revisiter l’histoire du continent et d’interroger les mécanismes économiques qui continuent, à leurs yeux, d’entraver son émancipation.
Pour la responsable du FIPAN, la question des réparations demeure indissociable des injustices subies par les peuples africains durant l’esclavage et la colonisation. Elle estime qu’une véritable réconciliation avec l’histoire passe par la reconnaissance des crimes commis, l’établissement de la vérité et la prise en compte des préjudices subis par les populations africaines.
Parmi les événements historiques qui nourrissent cette exigence de justice figure le massacre des tirailleurs africains à Thiaroye, en décembre 1944. Ces soldats, originaires de plusieurs territoires africains, avaient combattu aux côtés de la France durant la Seconde Guerre mondiale. À leur retour, certains réclamaient le paiement de leurs soldes et des sommes qui leur étaient dues.
Selon Sylvestine Mendy, le drame de Thiaroye constitue une illustration majeure des injustices historiques qui appellent, aujourd’hui encore, vérité et reconnaissance.
« Il faut d’abord que la France reconnaisse ce crime, qu’elle reconnaisse que cet assassinat était injuste et qu’elle relate l’histoire selon la réalité des faits », soutient-elle.
La coordonnatrice du festival insiste également sur la nécessité de faire toute la lumière sur le nombre de victimes et les circonstances exactes du massacre. Elle déplore que plusieurs aspects de cette tragédie restent, selon elle, insuffisamment élucidés et plaide pour un travail historique approfondi.
Dans cette perspective, elle estime que les lieux associés au massacre doivent bénéficier d’une attention particulière, afin que la recherche de la vérité et la préservation de la mémoire occupent une place centrale dans le processus de reconnaissance historique.
Au-delà de la mémoire historique, le FIPAN 2026 entend ouvrir un débat sur la dette, les monnaies et les conditions d’une véritable souveraineté économique africaine.
Pour Sylvestine Mendy, l’indépendance politique ne saurait être pleinement effective sans une autonomie économique et monétaire. Elle considère que la question de la monnaie constitue un enjeu stratégique pour les pays africains qui aspirent à maîtriser leur développement.
Dans cette logique, la coordonnatrice défend une rupture avec les mécanismes monétaires hérités de la colonisation, notamment le franc CFA, qu’elle considère comme un instrument de dépendance économique.
« On ne peut pas parler de souveraineté sans parler de monnaie », affirme-t-elle, appelant les Africains à réfléchir aux moyens de renforcer leur autonomie financière et leur capacité à définir leurs propres politiques économiques.
À travers cette thématique, les organisateurs souhaitent ainsi encourager une réflexion collective sur les dettes, les rapports économiques internationaux, la maîtrise des ressources et les stratégies susceptibles de favoriser un développement fondé sur les intérêts des peuples africains.
Pour aborder ces différentes préoccupations, le festival prévoit plusieurs activités articulées autour de panels, de conférences, d’arbres à palabres et de ciné-forums. Les échanges porteront notamment sur l’éducation, la politique, l’agriculture et la culture, en complément des questions de réparations et de souveraineté économique.
L’ambition est de créer un espace de dialogue entre les acteurs panafricanistes, les intellectuels, les organisations de la société civile et les représentants de la jeunesse, afin de confronter les idées et de dégager des pistes d’action concrètes.
À l’issue des travaux, des mémorandums et des rapports seront produits pour capitaliser les réflexions et permettre aux participants de poursuivre les initiatives engagées dans leurs pays respectifs.
Le festival entend ainsi dépasser le cadre des rencontres et des débats pour contribuer à la structuration d’une réflexion collective sur l’avenir du continent et sur les moyens de renforcer l’unité africaine.
La 11ᵉ édition du FIPAN sera également placée sous le parrainage de deux figures emblématiques : Cheikh Anta Diop et Fidel Castro.
Le choix de Cheikh Anta Diop, dont le centenaire de la naissance est célébré en 2026, s’inscrit dans la volonté des organisateurs de rendre hommage à un intellectuel sénégalais dont les travaux ont profondément marqué les débats sur l’histoire, les civilisations africaines et l’identité du continent.
Pour Sylvestine Mendy, son héritage scientifique et intellectuel a contribué à renforcer la conscience historique des Africains et à nourrir leur volonté de revendiquer leur identité culturelle. Elle voit dans son œuvre une source d’inspiration pour une jeunesse appelée à s’appuyer sur ses connaissances, ses ressources et ses capacités de création pour construire son propre avenir.
Fidel Castro, dirigeant historique de la révolution cubaine, sera également honoré pour son engagement international en faveur des mouvements de libération et des peuples opprimés. La coordonnatrice du festival rappelle notamment le soutien apporté par Cuba à plusieurs mouvements africains engagés dans les luttes anticoloniales et les combats pour l’indépendance.
À travers ces deux figures, le FIPAN entend mettre en lumière les liens entre conscience historique, résistance à la domination et aspiration à l’émancipation des peuples.
L’un des objectifs majeurs du festival reste le rapprochement entre la jeunesse du continent et les Afro-descendants établis dans les Amériques, les Antilles et ailleurs dans le monde.
Pour Sylvestine Mendy, l’esclavage a dispersé des communautés africaines dont les descendants conservent des liens historiques et culturels avec le continent. Le FIPAN souhaite ainsi leur offrir un cadre de rencontre, de découverte et de partage autour des cultures africaines.
Les différentes délégations attendues auront l’occasion de présenter leurs traditions culinaires, vestimentaires et artistiques, dans une dynamique de dialogue interculturel et de valorisation du patrimoine africain.
La coordonnatrice insiste sur la nécessité de dépasser les divisions héritées de la colonisation et de renforcer les liens entre les peuples, au-delà des frontières nationales.
« Nous sommes Africains de peau et non Africains de frontières », lance-t-elle, résumant ainsi sa vision d’un panafricanisme fondé sur la solidarité, la reconnaissance d’une histoire commune et la construction d’un destin partagé.
À quelques semaines de l’ouverture de cette 11ᵉ édition, Sylvestine Mendy lance un appel à la mobilisation des jeunes Africains et Afro-descendants. Elle les invite à prendre part massivement aux activités du festival, qu’elle considère comme une plateforme d’échanges et de réflexion sur les défis politiques, économiques, sociaux et culturels du continent.
Selon elle, la rencontre doit permettre aux jeunes de mieux se connaître, de partager leurs expériences et de rechercher ensemble des réponses aux difficultés auxquelles l’Afrique et sa diaspora sont confrontées, notamment les discriminations, le racisme et les inégalités.
Au-delà des débats, le FIPAN entend promouvoir une dynamique durable de coopération entre les organisations panafricaines et les communautés de la diaspora.
Avec cette 11ᵉ édition, prévue du 12 au 28 novembre 2026 à Dakar, les organisateurs ambitionnent de faire du festival un espace de mémoire, de réflexion et d’engagement au service de la souveraineté économique et de l’unité africaine. Un rendez-vous dont le message central est clair : faire de la jeunesse un acteur majeur de la transformation du continent et du rapprochement entre les peuples africains.
Par Mamadou Touré
LE SG DU SYCAS FAIT LE POINT SUR LE PLAN D'ACTION, LES COUPURES ET LE CONTRAT SENELEC-AKILEE
Face à la rédaction de POINT ACTU, Serge Louis Déthié CISSE, Secrétaire Général du Syndicat des Cadres de Senelec (SYCAS), est revenu sur plusieurs sujets d'actualité : le plan d'action de la Convergence syndicale de juillet 2026, les coupures récurrentes d'électricité, la question d'une hausse ou non du prix de vente de l'électricité, les précautions à observer en hivernage et le contrat controversé liant Senelec à Akilee.
PRAB 2026 : Un consensus trouvé après le plan d'action de juillet
Selon le syndicaliste, les agents de Senelec bénéficient chaque année d'une Prime sur le Résultat Annuel Bénéficiaire (PRAB), habituellement payée en mai ou juin. Pour l'année 2026, cette prime n'a toujours pas été versée, ce qui a amené la Convergence Syndicale des Travailleurs de Senelec (CSTS) à dérouler un plan d'action en juillet 2026.
À la suite de ce mouvement, une rencontre tripartite a été organisée par le Ministre de l'Énergie et du Pétrole, réunissant les quatre Secrétaires Généraux de la Convergence (SUTELEC, SUDETEN, SYNTES et SYCAS) ainsi que le Directeur Général de Senelec. Un consensus a été trouvé et toutes les dispositions formelles ont été prises pour un paiement effectif de la prime.
Dans le même sillage, la Convergence a rencontré le Ministère en charge du Travail qui a assuré la conciliation avec la Direction Générale. Cette démarche a permis d'inscrire la PRAB comme un acquis social dans le Baromètre Social National, document que le Ministre en charge du travail transmet au Président de la République.
Prix de vente de l'électricité : Sur ce point Serge Louis Déthié CISSE précise que Senelec n'a pas le pouvoir d'augmenter ou de réduire les tarifs applicables.
Interpellé sur les coupures et les rumeurs faisant état d'une hausse des factures, il a tenu à clarifier. Senelec est investie d'une mission de service public régulé. Seule la Commission de Régulation du Secteur de l'Énergie (CRSE) rattaché à la Présidence de la République détient cette prérogative. C'est un organe chargé de protéger les droits et intérêts des consommateurs et de préserver la viabilité financière des opérateurs qui, par ailleurs, fixe les tranches tarifaires.
À l'heure actuelle, il n'y a pas d'augmentation des prix appliqués", a-t-il précisé. Tout changement tarifaire décidé par la CRSE fait obligatoirement l'objet d'un communiqué officiel pour informer les consommateurs.
Concernant les factures jugées élevées, il explique que cela est souvent lié à la hausse de la consommation en kilowattheures, notamment en période de forte canicule avec l'utilisation intensive des réfrigérateurs, ventilateurs et climatiseurs. Il invite les consommateurs à se rapprocher des agences de Senelec pour être accompagnés, et l'entreprise de renforcer sa communication.
Coupures et délestages : Des pannes techniques à l'origine
S'excusant au nom de Senelec pour les désagréments causés, le Secrétaire Général du SYCAS confirme les explications du Directeur Général : les coupures récentes sont dues à des pannes au niveau du suppresseur du Karpowership et d'une turbine de West Africa Energy.
"Les travailleurs n'ont ménagé aucun effort. La maintenance appropriée a été réalisée et la situation est aujourd'hui bien gérée pour fournir une électricité fiable", assure-t-il.
Il conseille aux usagers de s'équiper de stabilisateurs ou régulateurs automatiques de tension pour protéger leurs appareils lors du retour de l'électricité, de débrancher leurs équipements en cas de coupure, et de se rapprocher des agences de Senelec en cas de dommages subis. Senelec dispose d'une police d'assurance couvrant les risques liés à l'exploitation pour d'éventuels dédommagements.
Intempéries : Les gestes qui sauvent
En cette période d'hivernage à Dakar, Serge Louis Déthié Cissé rappelle que l'eau et l'électricité ne font pas bon ménage. Il recommande de ne jamais brancher un appareil mouillé, de ne pas toucher les prises avec les mains mouillées et, en cas de début d'inondation, de couper systématiquement l'électricité au niveau du disjoncteur général.
Contrat Senelec-Akilee : Une nébuleuse à 187 milliards de Fcfa.
Enfin, le SG du SYCAS est revenu sur le contrat décennal, d'alors, de 187 milliards de Fcfa liant Senelec à Akilee SA, qu'il qualifie de "source de danger public" en raison de son caractère nébuleux.
Il rappelle que l'ARMP avait tenté en vain de renégocier ce contrat, estimant qu'il ne préservait ni les deniers publics, ni les intérêts essentiels de l'État. L'OFNAC, de son côté, a bouclé son enquête en relevant huit infractions au Code pénal : détournement de deniers publics, complicité de détournement de deniers publics, escroquerie sur les deniers publics, tentative d'escroquerie sur les deniers publics, fraude fiscale, comptable de fait, complicité de comptable de fait et non-respect du Code des Marchés du Sénégal.
Alors que le Pool Judiciaire Financier est en voie éventuellement d'être activé sur ce rapport d'enquête, les autorités voudraient imposer un nouveau contrat entre Senelec et Akilee SA dans les mêmes conditions d'opacité. La Convergence Syndicale des Travailleurs de Senelec prévient : elle interviendra pour défendre l'outil de travail.
Moustapha NDIAYE
GRACE POUR MBAYANG DIOP: Une délégation reçue dans une démarche de plaidoyer à touba
Une délégation du collectif mobilisé pour obtenir une grâce en faveur de Mbayang Diop s’est rendue, ce dimanche 11 octobre 2026, à Touba, auprès du khalife général des mourides, Serigne Mountakha Mbacké. Cette visite vise à renforcer le plaidoyer auprès du roi d’Arabie saoudite, Salmane ben Abdelaziz Al Saoud, en faveur d’une mesure de clémence.
Conduite par les professeurs Boubacar Seye et Amsatou Sow Sidibé, la délégation était composée de représentants d’organisations féminines, d’acteurs de la société civile, de membres de la famille de Mbayang Diop et du Conseil national des droits humains (CNDH).
Le collectif entend mobiliser les autorités religieuses et les bonnes volontés autour de la situation de Mbayang Diop. Il a également sollicité les prières et les orientations spirituelles du khalife général des mourides pour accompagner les démarches engagées en vue d’obtenir sa grâce.
Le collectif inscrit son action dans une dynamique de solidarité humaine, de compassion et d’espoir. Il réaffirme, par ailleurs, son attachement au respect des institutions et des procédures légales, tout en appelant à une mobilisation citoyenne en soutien à sa demande.
Convaincu que le dialogue et l’humanisme peuvent contribuer à faire aboutir cette initiative, le collectif entend poursuivre son plaidoyer dans un esprit d’apaisement et de dignité.
"LA BOUCLE DE FASS" A TENU SES PROMESSES : LE MAIRE ABDOUL AZIZ PAYE ET LA MARRAINE ALICE DIATTA ONT MARCHÉ AVEC LA POPULATION
La fête a été belle ce dimanche à Fass. La randonnée pédestre "La Boucle de Fass", organisée à l'occasion du 50ème anniversaire de l'ASC Fass Delorme, a mobilisé une foule immense ce 11 octobre 2026* à la Place Benteigner.Était présent le Maire de Gueule Tapée - Fass - Colobane, M. Abdoul Aziz Paye, parrain de l'événement, qui avait promis "J'Y SERAI" et qui a tenu parole. Il a marché aux côtés de la population, du début à la fin de la boucle.À ses côtés, la marraine Madame Alice Gomis, très applaudie, a également pris part à la marche, apportant son soutien à la jeunesse et au mouvement sportif local.Dans une ambiance conviviale et fraternelle, sous le thème "Dem Ba Diekh", les habitants de Gueule Tapée, Fass et Colobane ont communié autour des valeurs de sport, de santé et d'unité.Prenant la parole, le Maire Abdoul Aziz Paye a salué la mobilisation exceptionnelle et a rendu un vibrant hommage à l'ASC Fass Delorme pour "50 ans de passion au service de la commune".
La journée s'est achevée dans une ambiance festive, marquant avec succès le lancement des festivités du cinquantenaire.
La boucle est bouclée, le rendez-vous est pris pour les 50 ans.
Par Alioune Ndiaye
Commissions d’enquêtes parlementaires au Sénégal : une initiative de renforcement de la transparence et de la redevabilité pour un gouvernement ouvert (Bachir KANOUTE)
L’initiative du Parlement sénégalais d’organiser des commissions parlementaires chargées d’auditionner les gestionnaires de portefeuilles publics mérite d’être analysée à la lumière des exigences de bonne gouvernance, de transparence dans la gestion des ressources publiques et de redevabilité des institutions. Elle s’inscrit dans une dynamique qui dépasse le simple exercice du contrôle parlementaire et participe à la consolidation d’un État plus ouvert, plus responsable et davantage à l’écoute des citoyens bénéficiaires et protagonistes des politiques publiques.
En tant qu’acteur attaché à la promotion de la bonne gouvernance, notamment à travers l’accompagnement de plusieurs pays d’Afrique, dont le Sénégal, dans l’élaboration de leurs plans d’action nationaux visant à ancrer les pratiques de gouvernance ouverte, ma lecture de cette initiative repose sur une conviction profonde : la transparence ne prend tout son sens que lorsqu’elle s’accompagne de mécanismes effectifs de contrôle, d’explication et de reddition des comptes.
Au niveau international, l’initiative multilatérale du Partenariat pour un Gouvernement ouvert (PGO) a été lancée en septembre 2011, à l’ouverture de l’Assemblée générale de l’ONU à New York. Le Sénégal y a adhéré en juillet 2018, marquant une étape importante dans la volonté du pays de promouvoir une gouvernance fondée sur l’accès à l’information, la transparence de l’action publique, la participation citoyenne et la responsabilité des institutions. Ces principes constituent le socle du gouvernement ouvert et appellent une mobilisation de l’ensemble des institutions publiques, au-delà du seul pouvoir exécutif.
Plusieurs initiatives et réformes participent de cette évolution, notamment la mise en place d’un organisme indépendant de lutte contre la corruption ; le basculement vers le budget programme ; l’adhésion à l’Initiative pour la Transparence dans les industries extractives (ITIE) ; la participation au Mécanisme d’Évaluation par les Pairs (MAEP) ; la mise en place du Comité d'Orientation stratégique du Pétrole et du Gaz (COS-PETROGAZ) ; l'adoption de la loi sur le contenu local ; l'élargissement des pouvoirs de l'Assemblée nationale en matière de contrôle de l'action gouvernementale et d'évaluation des politiques publiques.
Mais les engagements en faveur du gouvernement ouvert ne sauraient se limiter à l’adoption de textes ou à la création de dispositifs institutionnels. Ils doivent se traduire dans les pratiques quotidiennes de gestion des affaires publiques. C’est précisément à ce niveau que les auditions parlementaires prennent tout leur sens, permettant aux députés, représentants du peuple, d’assurer leurs missions de contrôle sur la conduite des politiques publiques, l’utilisation des ressources mobilisées, l’atteinte des objectifs annoncés et les difficultés rencontrées dans la mise en œuvre des programmes.
Le Parlement apparaît ainsi comme un acteur essentiel de l’ouverture de l’action publique. Il ne s’agit pas uniquement de vérifier la conformité des dépenses ou de relever d’éventuels dysfonctionnements, mais aussi et surtout de garantir que les décisions prises et les ressources engagées répondent effectivement aux besoins des populations.
L’initiative parlementaire peut donc être comprise comme une opportunité de renforcer la cohérence entre les engagements internationaux du Sénégal en matière de gouvernement ouvert et les pratiques nationales de contrôle démocratique.
Elle s’inscrit dans une continuité logique avec les enseignements des Assises Africaines du Gouvernement Ouvert (AAGO) tenues en Mai 2026 à Rabat, au Maroc, et qui a vu une participation remarquée du Parlement sénégalais. Elle témoigne également de l’intérêt porté à l’identification de mécanismes permettant de renforcer la contribution des parlements aux réformes de gouvernement ouvert.
Les recommandations des assises relatives à l’engagement parlementaire soulignent précisément l’importance du contrôle de l’action gouvernementale, de la transparence des travaux parlementaires et de l’ouverture des mécanismes de supervision à la participation du public. Les auditions et les travaux des commissions font partie des instruments susceptibles de concrétiser ces principes.
À cet égard, la création ou l’activation de commissions d’audition peut constituer un prolongement opérationnel de cette dynamique. Elle offre au Parlement l’occasion de renforcer ses méthodes de contrôle, de mieux documenter les résultats de l’action publique et de favoriser une culture institutionnelle dans laquelle la justification des décisions et des résultats devient une pratique régulière. A noter que la retransmission publique des travaux des commissions parlementaires est une pratique courante dans plusieurs pays d’Afrique, d’Amérique, d’Asie et d’Europe
Cette initiative offre l’opportunité de traduire les principes de transparence, de participation et de redevabilité en mécanismes institutionnels concrets ; car les engagements de réforme produisent davantage d’effets lorsqu’ils sont soutenus par des institutions capables d’en suivre la mise en œuvre, d’en apprécier les résultats et d’interpeller les responsables concernés.
Dans cette chaîne de responsabilité, le Parlement peut jouer un rôle déterminant. Les auditions des gestionnaires de portefeuilles publics permettent notamment de rapprocher les engagements annoncés des résultats effectivement obtenus, de questionner les écarts éventuels et de faire émerger des mesures correctives.
Au-delà de leur portée institutionnelle, les auditions parlementaires peuvent contribuer à améliorer la qualité de la gestion publique. En interrogeant les responsables sur les objectifs poursuivis, les moyens engagés, les résultats obtenus et les difficultés rencontrées, les commissions parlementaires peuvent favoriser une gestion davantage orientée vers la performance et l’impact sur les populations. Elles peuvent notamment contribuer à :
renforcer la transparence sur l’utilisation des ressources publiques et l’exécution des programmes ;
apprécier les résultats au regard des objectifs et des engagements annoncés ;
identifier les difficultés administratives, financières ou opérationnelles qui freinent l’action publique ;
encourager la formulation de mesures correctives et le suivi de leur mise en œuvre ;
améliorer l’information des citoyens sur les choix publics et leurs conséquences.
Cette démarche doit cependant être comprise dans une perspective constructive. L’objectif n’est pas de transformer systématiquement les auditions en exercices de mise en accusation, mais de créer un cadre institutionnel dans lequel les responsables publics rendent compte de leur gestion, expliquent leurs choix et s’engagent, lorsque cela est nécessaire, sur des mesures d’amélioration.
La redevabilité ne doit pas être perçue comme une contrainte opposée à l’action publique. Elle constitue au contraire un levier d’amélioration de la performance, de prévention des dysfonctionnements et de consolidation de la confiance des citoyens dans leurs institutions et contribuer à dépasser la méfiance et la défiance qui ont souvent marqué cette relation.
Pour produire pleinement leurs effets, ces commissions gagneraient à s’inscrire dans une démarche méthodique, transparente et respectueuse du cadre juridique applicable. Il serait notamment pertinent de privilégier des auditions fondées sur des objectifs précis, des données vérifiables et des indicateurs permettant d’apprécier les résultats obtenus, ainsi que la publication des conclusions et des recommandations.
Le suivi desdites recommandations est tout aussi essentiel. Une audition n’atteint son objectif que si les constats formulés débouchent sur des suites identifiables : amélioration des procédures, clarification des responsabilités, correction des insuffisances ou renforcement des dispositifs de contrôle.
L’ouverture au public, la publication des comptes rendus et la possibilité pour les organisations de la société civile et les citoyens de contribuer aux sujets examinés pourraient renforcer la dimension participative de cette initiative.
Je considère donc cette initiative parlementaire comme une occasion de consolider les mécanismes institutionnels de transparence et de redevabilité. Un Parlement engagé dans le gouvernement ouvert est un Parlement qui exerce pleinement sa mission de contrôle, favorise la circulation de l’information et contribue à faire de la reddition des comptes une pratique régulière de la vie publique.
L’enjeu est donc clair : faire de cette initiative non pas un événement ponctuel, mais une pratique institutionnelle durable, au service de l’intérêt général, de l’efficacité de l’action publique et du renforcement de la confiance des citoyens dans leurs institutions. Les enquêtes et auditions seront bouclés et les rapports transmis au pouvoir judiciaire pour suite à donner. Au-delà du sensationnel et des révélations surprenantes et accablantes des enquêtes, les regards devront se tourner sur la pédagogie de l’exercice, en sachant tirer les enseignements pour une meilleure gouvernance publique et le renforcement des faiblesses et lacunes observées dans la pratique.
Bachir KANOUTE
Observatoire International de la Démocratie Participative en Afrique (OIDP Afrique)
LA LETTRE DE KIIRAAY N° 4 : QUI ENQUÊTE SUR CEUX QUI ENQUÊTENT ?
Commissions parlementaires, bataille institutionnelle et respect du mandat présidentiel (Par Papa Ibrahima Senghor)
Il est des moments dans la vie d’une République où les actes des institutions doivent être examinés à la lumière du droit, mais également des enjeux politiques qu’ils soulèvent. La création de six commissions d’enquête parlementaires, instituées le 20 août dernier, intervient dans un contexte particulier : celui de rapports politiques de plus en plus complexes entre la majorité parlementaire issue de PASTEF et le président de la République, Bassirou Diomaye Faye.
Le Parlement a pleinement le droit de contrôler l’action publique. Cette prérogative est indispensable au fonctionnement de toute démocratie. Mais reconnaître ce droit ne dispense personne d’interroger les conditions dans lesquelles il s’exerce, les objectifs poursuivis et les conséquences que certaines initiatives peuvent produire sur l’équilibre de nos institutions.
La question n’est donc pas de savoir si l’Assemblée nationale a le droit d’enquêter. Elle est de savoir comment ce droit est exercé, dans quel esprit et au service de quelle exigence républicaine.
Car, dans une démocratie, la légalité d’une procédure ne clôt pas nécessairement le débat sur sa portée politique. Une initiative peut être juridiquement recevable tout en soulevant des interrogations légitimes sur son opportunité, son traitement médiatique ou les rapports de force dans lesquels elle s’inscrit.
Je considère que le risque d’instrumentalisation politique des commissions d’enquête mérite d’être examiné avec sérieux. Il ne s’agit pas d’affirmer, sans preuve, qu’un complot serait organisé contre le chef de l’État. Il s’agit de rappeler une évidence : dans un contexte de tensions politiques, les institutions doivent veiller à ce que leurs prérogatives ne deviennent pas des instruments de confrontation.
Le Sénégal n’a pas besoin d’une guerre permanente entre ses institutions. Il a besoin d’institutions fortes, responsables et capables de travailler au service de l’intérêt général.
I. Derrière les commissions d’enquête, l’enjeu du pouvoir
Les commissions d’enquête parlementaires ne sont pas de simples mécanismes administratifs. Elles disposent d’une capacité importante à mobiliser l’opinion, à orienter le débat public et à placer des responsables politiques ou administratifs sous une forte pression médiatique.
Cette réalité impose une vigilance particulière.
Une audition peut être présentée comme un moment de vérité avant même que les faits aient été intégralement examinés. Une déclaration peut être extraite de son contexte et devenir, sur les réseaux sociaux, une accusation durable. Une personne entendue peut être publiquement désignée comme responsable alors qu’aucune juridiction ne s’est prononcée sur sa situation.
Il faut donc distinguer trois choses : l’investigation parlementaire, le débat politique et l’établissement judiciaire des responsabilités.
Une commission d’enquête recueille des informations et éclaire la représentation nationale. Elle n’est pas une juridiction pénale. Ses travaux ne sauraient se substituer à ceux de la justice, ni transformer automatiquement des soupçons en faits établis.
Cette distinction est d’autant plus importante que les six commissions concernent des objets différents et doivent être appréciées séparément. Leur création, annoncée comme résultant de résolutions adoptées à l’unanimité, ne permet pas, à elle seule, de conclure à une intention politique particulière. Mais elle ne doit pas davantage empêcher les citoyens d’interroger leurs méthodes, leurs résultats et les conditions dans lesquelles leurs conclusions seront rendues publiques.
La vigilance démocratique commande de regarder les faits, sans naïveté ni procès d’intention.
Dans le contexte actuel, une interrogation politique demeure légitime : ces commissions contribueront-elles à améliorer la gouvernance publique ou risquent-elles, par leur traitement et leur exploitation médiatique, d’alimenter davantage les tensions institutionnelles ?
La réponse ne peut être apportée par des suppositions. Elle dépendra de la conduite effective des investigations, de la qualité des preuves recueillies et de la responsabilité des acteurs qui en commenteront les résultats.
Une démocratie mature ne redoute pas les enquêtes. Elle redoute que l’enquête perde sa finalité au profit du rapport de force.
II. Diomaye Faye : respecter le mandat, préserver la fonction présidentielle
Il faut rappeler un principe fondamental : le président Bassirou Diomaye Faye tient sa légitimité du suffrage universel. Il exerce une fonction constitutionnelle qui ne peut être réduite aux fluctuations des alliances politiques, aux désaccords entre responsables ou aux tensions qui traversent les formations ayant contribué à son accession au pouvoir.
La fonction présidentielle appartient à l’institution républicaine. Elle n’est ni la propriété d’un parti, ni l’instrument d’une coalition, ni une responsabilité dont l’exercice devrait dépendre de l’approbation permanente d’une majorité politique.
Cela ne signifie nullement que le chef de l’État serait au-dessus du contrôle démocratique. Dans un État de droit, nul ne peut être soustrait aux règles communes. Le président de la République lui-même exerce ses responsabilités dans le cadre de la Constitution.
Mais il existe une différence fondamentale entre le contrôle légitime de l’action publique et la construction d’un climat politique dans lequel l’autorité présidentielle serait constamment placée sur la défensive.
Le premier renforce la République. Le second risque de détourner le débat national des urgences économiques et sociales.
Le Sénégal fait face à des attentes considérables en matière d’emploi, de pouvoir d’achat, de souveraineté économique, de justice sociale et de transformation de l’État. Les citoyens attendent des institutions qu’elles contribuent à résoudre ces problèmes, et non qu’elles consacrent l’essentiel de leur énergie à entretenir des rivalités politiques.
La responsabilité des acteurs publics est donc immense. La majorité parlementaire doit pouvoir exercer son contrôle sans ambiguïté. Le gouvernement doit rendre compte de son action. Le président de la République doit pouvoir conduire son mandat conformément à ses prérogatives constitutionnelles.
Le respect du mandat présidentiel n’est pas une faveur accordée à Bassirou Diomaye Faye. C’est une exigence de respect du suffrage universel et de la continuité républicaine.
On peut débattre de ses décisions, critiquer ses orientations et demander des comptes à son administration. C’est la démocratie. Mais on ne saurait confondre la critique politique légitime avec une logique de confrontation permanente entre les institutions.
Le véritable enjeu est de préserver les conditions d’exercice normal du pouvoir présidentiel, tout en maintenant les mécanismes de contrôle qui garantissent la responsabilité de l’action publique.
III. Le procès médiatique ne doit pas remplacer la recherche de la vérité
Le Règlement intérieur de l’Assemblée nationale prévoit des dispositions encadrant le fonctionnement des commissions d’enquête, notamment leurs rapports avec les procédures judiciaires et les conditions de retransmission des auditions.
Ces garanties ne sont pas de simples formalités. Elles protègent la qualité du travail parlementaire, les droits des personnes entendues et la crédibilité des conclusions.
À l’heure des réseaux sociaux, le risque est réel de voir une audition devenir un spectacle politique dont les effets sur la réputation des personnes dépassent largement la portée des faits effectivement établis.
Une phrase peut être isolée. Un témoignage peut être présenté comme une preuve définitive. Une interrogation peut se transformer en accusation. Et lorsque la rectification intervient, le dommage causé à la réputation d’une personne peut déjà être considérable.
Il revient donc aux commissions de préserver une stricte distinction entre les faits, les hypothèses et les appréciations politiques.
Les députés doivent pouvoir entendre les personnes concernées, confronter les versions, examiner les documents et délibérer avec rigueur. Les citoyens ont droit à l’information, mais ce droit ne justifie ni la déformation des témoignages ni la présomption publique de culpabilité.
Cette exigence vaut pour tous les responsables, quels que soient leur fonction, leur appartenance politique ou leur proximité avec le chef de l’État.
Défendre le président Diomaye Faye ne signifie pas réclamer une immunité politique générale pour ceux qui travaillent avec lui. Cela signifie défendre un principe plus solide : personne ne doit être condamné dans l’opinion avant que les faits aient été établis selon les procédures applicables.
La même exigence s’impose à ceux qui soutiennent le chef de l’État. La défense de la République ne saurait reposer sur des accusations sans fondement, des procès d’intention ou une contestation systématique du Parlement.
La meilleure défense d’un mandat présidentiel demeure celle du droit, de la vérité et de la responsabilité.
IV. Qui contrôle la gestion de l’Assemblée nationale ?
La question de l’exemplarité concerne également l’institution parlementaire elle-même.
Depuis plusieurs années, l’Assemblée nationale exerce une mission essentielle de contrôle des finances publiques. Elle examine les budgets, interpelle les responsables de l’exécutif et réclame des explications sur l’utilisation des ressources de l’État.
Cette mission est légitime. Elle est même indispensable.
Mais une institution qui demande aux autres de rendre compte doit aussi accepter le principe de transparence dans sa propre gestion.
Les interrogations suscitées par l’acquisition de véhicules destinés aux députés illustrent cette exigence. Il ne serait pas sérieux de conclure à une irrégularité sur la seule base de l’existence de cette acquisition. En revanche, les citoyens sont fondés à souhaiter que les procédures suivies, les règles applicables et les informations financières pertinentes soient accessibles dans le respect des textes.
L’autonomie financière de l’Assemblée nationale doit être préservée. Elle garantit son indépendance à l’égard du gouvernement. Mais cette autonomie ne saurait être interprétée comme une dispense de rendre compte de l’utilisation des deniers publics.
La transparence n’affaiblit pas une institution lorsqu’elle est organisée dans le respect de ses prérogatives. Elle renforce sa légitimité et sa crédibilité.
La publication des règles financières applicables, la communication d’informations pertinentes sur les acquisitions importantes et l’examen d’un mécanisme indépendant de certification des comptes constituent des pistes sérieuses.
L’objectif n’est pas de désigner l’Assemblée nationale comme une institution suspecte. Il est d’établir une règle républicaine universelle : chaque institution doit être en mesure de justifier sa gestion dans les conditions prévues par le droit.
Le citoyen qui réclame des explications sur les dépenses d’un ministère conserve exactement les mêmes droits lorsqu’il s’interroge sur les dépenses du Parlement.
La transparence ne peut être sélective. Elle doit être une culture de gouvernement et une exigence partagée par toutes les institutions de la République.
V. L’équilibre des pouvoirs plutôt que la guerre des institutions
La situation actuelle appelle une réflexion plus large sur l’équilibre des pouvoirs au Sénégal.
La séparation des pouvoirs n’a jamais signifié que les institutions devaient vivre dans l’indifférence ou l’affrontement. Elle suppose que chacune exerce ses compétences sans empiéter sur celles des autres, dans le respect de la Constitution et des règles qui organisent leur fonctionnement.
Le président de la République n’a pas vocation à gouverner sous la tutelle permanente d’une majorité parlementaire. De son côté, l’Assemblée nationale ne saurait être privée de son droit de contrôle au motif que certaines de ses initiatives déplaisent à l’exécutif.
Le débat ne doit donc pas être posé en termes de victoire du Président sur le Parlement, ou du Parlement sur le Président.
Il doit être posé en termes de responsabilité institutionnelle.
Le président Bassirou Diomaye Faye doit pouvoir exercer les prérogatives attachées à son mandat. L’Assemblée nationale doit pouvoir contrôler l’action publique. La justice doit exercer ses compétences en toute indépendance. Les citoyens doivent pouvoir accéder à une information fiable et se forger leur propre opinion.
C’est cet équilibre qui protège la démocratie contre les excès de pouvoir, les tentations de domination politique et les dérives de la personnalisation des institutions.
Il faut également rappeler que les alliances politiques ne peuvent constituer, à elles seules, le fondement de la légitimité institutionnelle. Les rapports entre les partis évoluent, les divergences apparaissent et les stratégies se transforment. Mais les responsabilités constitutionnelles demeurent.
Le Sénégal ne peut se permettre de laisser les rivalités partisanes prendre le pas sur la continuité de l’État, la mise en œuvre des politiques publiques et la satisfaction des attentes populaires.
La vigilance à l’égard de toute instrumentalisation éventuelle des commissions d’enquête doit donc s’accompagner d’une exigence équivalente envers l’exécutif : agir dans le droit, expliquer ses choix et produire des résultats.
C’est dans cette double exigence que se trouve la véritable force de la République.
VI. La priorité doit rester la transformation du Sénégal
Au-delà des controverses institutionnelles, une question essentielle doit demeurer au cœur du débat public : que gagne le Sénégal dans ces confrontations ?
Les Sénégalais attendent des réponses concrètes à leurs préoccupations. Ils attendent des perspectives d’emploi pour la jeunesse, un environnement favorable à l’investissement, une gestion rigoureuse des finances publiques, une amélioration du pouvoir d’achat et des progrès tangibles en matière de justice sociale.
Ils attendent également que la souveraineté économique, la transformation de l’État et la valorisation des ressources nationales se traduisent en politiques publiques efficaces et en résultats mesurables.
Ces attentes ne doivent pas servir de prétexte pour soustraire les responsables publics au contrôle. Elles rappellent plutôt la finalité de ce contrôle : améliorer la gouvernance, prévenir les abus et permettre à l’État de remplir ses missions.
La reddition des comptes et la transformation nationale ne sont pas des objectifs contradictoires. Elles se renforcent mutuellement lorsque les institutions travaillent avec méthode, transparence et responsabilité.
Le président Bassirou Diomaye Faye doit être jugé sur les décisions qu’il prend, les orientations qu’il défend et les résultats obtenus dans le cadre de son mandat. De la même manière, l’Assemblée nationale doit être appréciée à l’aune de la qualité de son travail législatif, de son contrôle de l’action publique et de son exemplarité dans la gestion de ses propres ressources.
La République ne peut se réduire à une succession de controverses. Elle doit rester un projet collectif de transformation économique, sociale et institutionnelle.
CONCLUSION — LE RESPECT DES INSTITUTIONS, LA FIDÉLITÉ AU PEUPLE
Qui enquête sur ceux qui enquêtent ?
La question ne vise pas à disqualifier l’Assemblée nationale. Elle rappelle que la responsabilité publique ne saurait être à sens unique. Elle invite à dépasser les postures pour faire prévaloir une exigence d’exemplarité applicable à toutes les institutions.
Les commissions d’enquête doivent établir les faits, non organiser des procès médiatiques. Le Parlement doit contrôler l’action publique, sans perdre de vue ses propres obligations de transparence. L’exécutif doit rendre compte de ses décisions, tout en exerçant pleinement les responsabilités que lui confère la Constitution.
Quant au président Bassirou Diomaye Faye, son mandat ne saurait être réduit aux tensions entre formations politiques ni aux rivalités qui traversent le paysage politique. Sa légitimité découle du suffrage universel et son action doit être appréciée à l’aune de ses responsabilités constitutionnelles, de ses engagements et des résultats obtenus pour les Sénégalais.
Défendre le mandat présidentiel, ce n’est pas réclamer un pouvoir sans contrôle. C’est refuser qu’un pouvoir démocratiquement légitime soit fragilisé par des rapports de force qui se substitueraient aux règles de la République.
Le Sénégal a besoin d’un Parlement fort, d’un exécutif responsable, d’une justice indépendante et d’institutions exemplaires. Il a surtout besoin que ces institutions servent une ambition commune : transformer durablement le pays et améliorer la vie de ses citoyens.
La transparence doit être une règle pour tous. La responsabilité doit être une exigence pour chacun. Et le respect du suffrage universel doit demeurer un principe intangible de notre vie démocratique.
Car la République ne se renforce pas lorsque ses institutions cherchent à se neutraliser. Elle se renforce lorsqu’elles assument leurs responsabilités, respectent leurs limites et travaillent au service du peuple.
La véritable bataille n’est pas de savoir quelle institution l’emportera sur l’autre. Elle est de faire en sorte que la démocratie sénégalaise sorte renforcée de cette épreuve, que le mandat présidentiel soit respecté, que le contrôle parlementaire reste impartial et que l’intérêt général demeure supérieur aux intérêts partisans.
C’est à cette condition que la transparence cessera d’être un argument de circonstance pour devenir une véritable exigence républicaine.
PAPA IBRAHIMA SENGHOR
La Lettre de KIIRAAY — N° 4
Analyse : l’exception sénégalaise (Par Serigne Cheikh Abdoul Ahad Mbacké Gaïndé Fatma)
Samedi 10 octobre vers 16h, j’attendais un ami à proximité de la cathédrale de Dakar. Je suis descendu de mon véhicule pour marcher un peu, lorsqu’un homme que je ne connaissais pas s’est approché de moi. Avec beaucoup de respect, il m’a salué et m’a tendu les mains pour solliciter des prières.
La scène se déroulait juste devant la porte de la cathédrale.
Après avoir prié pour lui, je lui ai demandé naturellement son nom. Il m’a répondu: « Joe Mendy ».
Un peu surpris, je me suis fait intérieurement la réflexion qu’il s’était peut-être converti à l’islam. Pour en avoir le cœur net, j’ai demandé également leurs prénoms à deux des enfants qui l’accompagnaient. Le premier m’a répondu : « Joe », et le second : « Augustin ».
Moins d’une minute plus tard, mes interrogations étaient dissipées : Joe et les enfants franchissaient tranquillement les portes de la cathédrale.
À cet instant précis, un profond sentiment de fierté m’a envahi. La fierté d’appartenir à ce beau peuple sénégalais, où un musulman peut prier pour un chrétien et vice versa.
Ce Sénégal que nous devons préserver à tout prix.
Que Dieu protège le Sénégal et renforce les liens de fraternité entre tous ses enfants, quelles que soient leurs convictions.
Formation professionnelle : AMDI 2.0 mise sur la pratique pour accélérer l’insertion des jeunes
Le Groupe AMDI a officiellement inauguré, samedi 10 octobre 2026, son centre d’application AMDI 2.0, en présence du ministre de l’Emploi, de la Formation professionnelle et technique, Idrissa Samb, ainsi que de partenaires venus de France et des États-Unis. Cette nouvelle infrastructure ambitionne de renforcer la formation pratique, de rapprocher les étudiants du monde de l’entreprise et de favoriser leur insertion professionnelle.
Le Groupe AMDI franchit une nouvelle étape dans sa stratégie de formation et d’accompagnement des jeunes vers l’emploi. Avec l’ouverture officielle d’AMDI 2.0, le groupe universitaire se dote d’un centre entièrement consacré aux travaux pratiques, destiné à permettre aux apprenants de mettre en application les connaissances acquises durant leur cursus.
Présidant la cérémonie d’inauguration, le ministre de l’Emploi, de la Formation professionnelle et technique, Idrissa Samb, a salué une initiative qui répond aux enjeux actuels de l’employabilité des jeunes. La visite des installations a permis aux autorités et aux partenaires de découvrir plusieurs espaces de pratique dans les domaines de la santé, de l’analyse biologique et de l’agroalimentaire.
Pour le président-directeur général du Groupe AMDI, Mamadou Ounith Touré, cette infrastructure traduit la volonté de placer la pratique au cœur des apprentissages. « AMDI 2.0 est un centre d’application exclusivement dédié à la pratique », a-t-il expliqué, soulignant que le groupe a centralisé ses salles de travaux pratiques afin d’offrir aux étudiants un environnement propice à l’acquisition de compétences professionnelles.
Le Groupe AMDI s’appuie sur trois instituts spécialisés couvrant plusieurs secteurs stratégiques. AMDI Santé forme notamment aux métiers des soins infirmiers, de la maïeutique et des sciences biologiques. AMDI Génie-Management intervient dans les domaines du génie civil, de l’informatique, des réseaux et télécommunications, de l’électromécanique, du management, de la gestion des entreprises, des ressources humaines et du transport-logistique.
Le troisième pôle, AMDI Industrie agroalimentaire, est consacré aux métiers de la transformation et de l’industrie agroalimentaires.
Lors de la visite guidée, les participants ont pu apprécier les démonstrations réalisées par les apprenants dans ces différentes filières. Ils ont également découvert les activités liées à la marque Samira, développée au sein du groupe par ses étudiants, illustrant ainsi les possibilités de valorisation des compétences acquises en formation.
Au-delà des équipements et des espaces pédagogiques, AMDI 2.0 entend faire de l’apprentissage par la pratique un levier concret de professionnalisation, en permettant aux étudiants de se familiariser avec les réalités de leurs futurs métiers.
L’ouverture du centre s’inscrit également dans une dynamique de coopération avec des partenaires étrangers et des entreprises. Selon Mamadou Ounith Touré, le Groupe AMDI développe notamment des dispositifs de codiplomation, permettant de construire des parcours de formation en collaboration avec des établissements partenaires, ainsi que des mécanismes d’alternance associant enseignement et expérience professionnelle.
Le principe de l’alternance repose sur une articulation entre les cours dispensés à l’école et les périodes de pratique en entreprise. Une approche qui vise à mieux préparer les apprenants aux exigences du marché du travail.
Le PDG du groupe a également souligné l’engagement de partenaires économiques qui ont accueilli plus de 500 étudiants en stage. Certains apprenants ont par ailleurs déjà été recrutés, selon ses explications. Ces collaborations témoignent de l’importance des liens entre les établissements de formation et les entreprises dans la construction de parcours professionnels durables.
La présence de partenaires venus de France et des États-Unis à cette cérémonie illustre aussi la volonté du groupe de consolider ses relations internationales et de développer des opportunités de coopération académique et professionnelle.
Prenant la parole à son tour, le ministre Idrissa Samb a félicité la direction du Groupe AMDI, ses partenaires, les formateurs et les apprenants pour les efforts consentis en faveur d’une formation plus opérationnelle.
Pour le ministre, l’expérience observée au sein du centre d’application illustre la nécessité de mieux équilibrer les enseignements théoriques et les apprentissages pratiques. Il a notamment insisté sur l’importance de la formation duale, qui rapproche l’école de l’entreprise et permet aux jeunes de développer des compétences directement mobilisables dans le monde professionnel.
« La théorie est là, mais elle ne suffit pas. Il faut pousser les jeunes, les apprenants, à faire de la pratique », a-t-il fait valoir, estimant que cette démarche constitue un facteur déterminant pour faciliter leur insertion comme salariés ou leur permettre de créer leurs propres activités.
Le ministre a également encouragé les médias à mieux faire connaître les initiatives portées par AMDI et par les établissements de formation, publics comme privés, qui contribuent à renforcer les compétences des jeunes Sénégalais.
Au cours de la visite, il a notamment salué les initiatives entrepreneuriales développées par certains apprenants, y voyant un exemple de la capacité de la formation professionnelle à favoriser l’autonomie économique et la création d’activités.
Pour Idrissa Samb, la formation professionnelle représente un enjeu essentiel dans un pays caractérisé par une population particulièrement jeune. Il a rappelé que les moins de 35 ans représentent, selon les chiffres avancés lors de son intervention, 75 % de la population sénégalaise.
Cette réalité démographique constitue, à ses yeux, une opportunité majeure, à condition que les jeunes bénéficient d’une formation adaptée, d’un accompagnement approprié et de véritables perspectives d’emploi.
Le ministre a ainsi appelé les apprenants à croire en leurs capacités, à faire preuve de patience, de persévérance et de résilience, tout en soulignant la responsabilité collective dans la construction de l’avenir du Sénégal.
Il a également évoqué une ambition de création de 1 525 emplois à l’horizon 2029-2035, dans une perspective de développement de l’employabilité et de renforcement des opportunités économiques.
Avec l’inauguration d’AMDI 2.0, le Groupe AMDI entend ainsi consolider son positionnement dans la formation professionnelle et technique, en mettant l’accent sur les compétences pratiques, les partenariats avec les entreprises et l’entrepreneuriat des jeunes. Un pari sur une formation davantage connectée aux réalités du marché du travail, dans un contexte où l’insertion professionnelle demeure l’un des défis majeurs du Sénégal.
Par Mamadou Touré
