À Kaffrine, le maintien du prix du kilogramme d’arachide à 305 francs CFA, annoncé récemment par le gouvernement, ne rassure pas complètement les producteurs. Si le montant en lui-même reste jugé acceptable, la manière dont l’information a été communiquée et l’absence de garanties financières inquiètent fortement.
Pour Aly Diaw, président de la coopérative agricole de Kahi et membre du CENIA, l’annonce aurait dû se faire dans le cadre d’un Conseil des ministres réunissant l’ensemble des acteurs du secteur.
« Cette annonce aurait dû être accompagnée des comptes rendus des réunions et des propositions du CENIA », affirme-t-il.
Si le prix est jugé correct au regard de la baisse des cours mondiaux, Aly Diaw déplore le manque de clarté sur des points essentiels : la mise en place des taraars, les mesures d’accompagnement et le règlement des dettes des opérateurs économiques.
« Nous ne pouvons pas démarrer la campagne sans que ces éléments soient clarifiés », insiste-t-il, exprimant une inquiétude palpable pour cette nouvelle campagne.
Du côté du mouvement Aar Sunu Momel, le constat est similaire. Selon Bassirou Ba, président du mouvement :
« Annoncer le prix ne signifie pas automatiquement l’ouverture de la campagne. Les mesures d’accompagnement et les dispositifs de collecte restent flous. »
Il rappelle également les difficultés financières de la SONACOS, acteur clé de la filière, ainsi que le retard dans le paiement des créances des opérateurs économiques, estimées à 184 milliards de francs CFA.
À cela s’ajoute la concurrence internationale, avec une production record de 227 millions de tonnes en Chine, qui pourrait compliquer la commercialisation.
Face à ces incertitudes, les responsables appellent les producteurs à la vigilance.
« Aujourd’hui, certains opérateurs peuvent acheter l’arachide à 150 francs ou moins, sans sanction, car aucune mesure d’accompagnement n’a été publiée », avertit Bassirou Ba.
À Kaffrine, les paysans attendent désormais des éclaircissements rapides de l’État pour que la campagne de commercialisation se déroule dans des conditions sécurisées, et que leurs récoltes trouvent un marché à un prix juste.
Mamadou Ndiaye
