Le Ministère de la Communication, des Télécommunications et du Numérique a procédé au lancement du nouveau format du magazine institutionnel en langue arabe Al Massirah, une initiative présentée comme un choix stratégique, géopolitique et culturel au service de l’inclusion nationale.
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il ne s’agit pas d’un simple produit éditorial venant enrichir la gamme du quotidien national Société Sénégalaise de Presse et de Publications (SSPP) Le Soleil. Les responsables parlent plutôt d’un repositionnement assumé, inscrit dans une mission de service public : mieux refléter la diversité linguistique et culturelle du Sénégal.
Selon les données de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD), près de 28 % de la population sénégalaise lit et parle l’arabe ou les langues nationales. Un chiffre jugé significatif par les autorités, qui estiment qu’il n’est plus envisageable de maintenir une communication publique essentiellement francophone, notamment dans des régions comme Saint-Louis, Louga, Kaolack ou Diourbel, où l’arabe occupe une place importante dans l’éducation et la vie sociale.
Le lancement, il y a plus d’un an, d’une édition hebdomadaire en arabe s’inscrivait déjà dans cette dynamique. Avec le nouveau format d’Al Massirah, l’objectif est clair : légitimer la participation des citoyens arabophones au débat public et leur garantir un accès équitable à l’information institutionnelle.
Le Sénégal compte en effet une élite formée dans les écoles franco-arabes, les universités nationales – dont une faculté d’arabe – ainsi que dans de grandes institutions du monde arabe. Pour les autorités, il est impératif que le journal national reflète cette réalité sociologique et intellectuelle.
Au-delà de la dimension linguistique, le nouveau format d’Al Massirah se veut un instrument de cohésion nationale. En tant que média de service public, le journal a pour mission de vulgariser les politiques publiques et d’accompagner la communication gouvernementale.
« L’inclusion de la langue arabe dans la communication institutionnelle n’est pas un simple geste symbolique », ont insisté les responsables lors de la cérémonie. « C’est un choix stratégique et politique fort, répondant à une réalité socioculturelle profonde. »
L’initiative vise ainsi à rapprocher davantage l’État des citoyens, en garantissant à tous un accès compréhensible aux informations publiques. « La connectivité sans compréhension ne suffit pas », a-t-il été souligné, mettant en avant la nécessité d’une inclusion numérique également linguistique.
La portée du projet dépasse les frontières nationales. Langue officielle des Nations unies et parlée dans une vingtaine de pays, l’arabe constitue aussi un levier diplomatique. À travers Al Massirah, le Sénégal ambitionne de renforcer ses relations avec le monde arabe et de consolider sa diplomatie culturelle et économique.
Cette démarche s’inscrit dans la vision portée par le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, et son Premier ministre, Ousmane Sonko, dans le cadre de l’Agenda national de transformation Sénégal 2050 et du New Deal technologique, qui font du numérique un levier de souveraineté, de transparence et d’accessibilité.
Les autorités ont tenu à préciser qu’Al Massirah n’est pas un journal religieux. Il traite des mêmes rubriques qu’un quotidien classique : culture, économie, société, sport et politiques publiques.
La gestion éditoriale reste assurée par la rédaction du journal Le Soleil, avec la coordination de l’adjoint au directeur des rédactions. Des traducteurs chevronnés ont été mobilisés afin de garantir la qualité linguistique et la prise en compte des subtilités culturelles et géopolitiques.
Vers une communication publique multilingue
Pour le Ministère de la Communication, ce lancement marque le début d’une démarche structurelle et durable. Les ambitions affichées sont multiples : renforcer la production de contenus institutionnels en arabe, développer des plateformes numériques multilingues et former des communicateurs publics sensibles aux réalités linguistiques et culturelles des publics arabophones.
Dans un Sénégal présenté comme « terre de convergence et de rencontre des civilisations », cette initiative entend traduire la diversité nationale dans les politiques publiques et la communication de l’État.
Avec le nouveau format d’Al Massirah, les autorités sénégalaises affirment ainsi leur volonté de bâtir une communication gouvernementale moderne, accessible et inclusive, fidèle à l’esprit d’ouverture du pays.
M. TOURÉ
