À la gare routière de Kaffrine, l’ambiance est morose. Habituellement animée par les appels des convoyeurs et les vrombissements des moteurs, elle est aujourd’hui marquée par l’attente, l’incertitude et la frustration. Depuis le début de la grève des transporteurs, les conducteurs de motos Jakarta sont eux aussi plongés dans une situation économique difficile. Sur les trottoirs chauffés par le soleil, les motos garées en file indienne témoignent de l’ampleur du ralentissement.
Assis sur sa moto, le regard perdu vers les véhicules immobilisés, Baye Zal, Jakartaman, raconte un quotidien devenu presque insoutenable, « Depuis le début de la grève, notre activité tourne au ralenti. Nous restons sur place du matin au soir sans presque rien gagner, alors que c’est notre seule source de revenus pour subvenir à nos besoins. La situation est très difficile. C’est pourquoi nous appelons solennellement les parties prenantes à trouver une solution. » Comme lui, beaucoup dépendent entièrement de cette activité informelle pour nourrir leur famille. Le manque de clients se fait sentir à chaque heure qui passe.
À quelques mètres, Omar, autre conducteur de Jakarta, estime que la grève porte préjudice à l’ensemble du pays : « La grève n’est pas bénéfique pour le pays. Il est préférable que le gouvernement engage des discussions avec les syndicats du transport. Les chauffeurs ont des revendications, et l’État doit les inviter autour d’une table. Actuellement, les activités sont presque à l’arrêt, car ce sont les voitures qui acheminent habituellement les clients vers les motos Jakarta. » L’effet domino est évident : sans véhicules de transport en fonctionnement, les motos Jakarta perdent leur principal flux de clientèle.
Pour Serigne Wilane, conducteur lui aussi, la situation dépasse largement le cadre des professionnels, « Ce sont les populations qui en subissent les conséquences, car elles ne peuvent pas vaquer normalement à leurs occupations. Nous aussi, conducteurs de Jakarta, en ressentons les effets. Notre activité tourne au ralenti et il devient difficile de subvenir aux dépenses quotidiennes.»
Certains, comme Fallou Mangane, estiment que la paralysie du transport doit impérativement cesser, « La grève doit prendre fin, car la population n’arrive plus à vaquer correctement à ses occupations. Concernant les motos Jakarta, nous réalisons plus de bénéfices lorsque le secteur du transport fonctionne normalement. Certains clients doivent parcourir de longues distances que nous ne pouvons pas assurer. J’appelle donc les chauffeurs à reprendre le travail.»
Au terme de cette journée à la gare routière de Kaffrine, un constat s’impose : la grève des transporteurs plonge toute une chaîne d’activités dans la précarité. Chauffeurs, Jakartamen, vendeuses, commerçants, chacun subit un manque à gagner considérable.
Tous appellent à une solution : un dialogue direct, sincère et rapide entre l’État et les syndicats, pour permettre un retour à la normale.
Mamadou Ndiaye
