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Contribution : Pour une véritable politique d'insertion des diplômés de langue arabe au Sénégal (Par Dr Souleymane Gadiaga)

Contribution : Pour une véritable politique d'insertion des diplômés de langue arabe au Sénégal (Par Dr Souleymane Gadiaga) Spécial

Il est temps de distinguer les affaires religieuses de l’insertion professionnelle et de placer cette question au cœur de la politique nationale de l’emploi

La question de l’insertion professionnelle des diplômés de langue arabe au Sénégal mérite aujourd’hui un débat national sérieux, objectif et orienté vers des solutions concrètes. Depuis des années, de nombreux diplômés issus des filières arabophones rencontrent des difficultés pour valoriser leurs qualifications sur le marché du travail, malgré la diversité des compétences acquises.

À notre sens, l’une des principales limites du dispositif actuel réside dans le fait d’avoir associé l’insertion des diplômés de langue arabe à la structure chargée des affaires religieuses. Cette organisation mérite d’être profondément réexaminée. Les affaires religieuses et l’insertion professionnelle sont deux problématiques distinctes et ne répondent pas aux mêmes logiques de gouvernance publique.

Dans un État laïque comme le Sénégal, la structure chargée des affaires religieuses doit principalement traiter les questions relevant de son domaine, dans le respect de toutes les confessions. L’insertion professionnelle, quant à elle, relève des politiques publiques relatives à l’emploi, à la formation professionnelle, à l’orientation, à l’entrepreneuriat et au financement des projets.

Le rattachement de l’insertion à l’univers institutionnel des affaires religieuses peut aussi entretenir une confusion préjudiciable : celle qui consiste à considérer que les diplômés de langue arabe seraient essentiellement destinés aux métiers religieux. Cette vision ne correspond pas à la réalité des compétences disponibles aujourd’hui au Sénégal et à l’étranger.

Un diplômé de langue arabe peut être diplomate, médecin, journaliste, informaticien, juriste, économiste, enseignant, mathématicien, entrepreneur ou exercer dans de nombreux autres secteurs. La langue arabe est une compétence académique et professionnelle ; elle ne constitue pas, à elle seule, une profession religieuse.

C’est pourquoi nous estimons que la politique d’insertion des diplômés de langue arabe gagnerait à être placée au cœur des dispositifs nationaux de formation et d’emploi. Le ministère chargé de la Formation professionnelle et de l’Emploi dispose déjà de mécanismes, de programmes et de ressources consacrés à l’orientation, à la formation, à l’insertion et à l’entrepreneuriat. Il serait pertinent d’y intégrer pleinement les compétences arabophones.

Nous plaidons également pour une approche fondée sur l’expertise collective. Une mission aussi importante ne devrait pas reposer sur une seule personne, mais sur une équipe pluridisciplinaire associant spécialistes de l’emploi, de la formation, de l’entrepreneuriat et du financement à des cadres issus du monde arabophone disposant d’une expérience concrète du terrain.

Cette équipe devrait avoir des objectifs clairs : recenser les diplômés, établir une cartographie de leurs compétences, identifier les secteurs d’emploi, proposer des formations complémentaires, faciliter l’accès aux financements et mettre en place un suivi permettant de mesurer les résultats.

Il convient également d’évaluer objectivement l’impact des séminaires, ateliers et rencontres organisés autour de cette problématique. Ces activités peuvent être utiles lorsqu’elles débouchent sur des décisions, des formations qualifiantes, des financements, des recrutements ou des projets concrets. Lorsqu’elles se répètent sans résultats mesurables, il devient légitime de s’interroger sur leur pertinence, leur coût et leur efficacité.

Notre démarche n’est pas une attaque contre une personne. Elle vise à poser une question de gouvernance : les profils, les moyens et l’organisation actuellement mobilisés sont-ils réellement adaptés à l’objectif d’insertion professionnelle ? Une telle politique doit être évaluée sur ses résultats et non sur le nombre d’activités organisées.

Nous appelons les autorités à engager une concertation avec les organisations d’arabophones, les universitaires, les professionnels, les employeurs et les diplômés concernés. Il faut écouter ceux qui vivent directement cette réalité et construire avec eux une réponse durable.

Nous faisons confiance à la volonté de transformation portée par le Président Bassirou Diomaye Faye et espérons que cette question pourra trouver une réponse structurelle. Les diplômés de langue arabe ne demandent ni privilège ni traitement de faveur. Ils demandent la reconnaissance de leurs compétences, l’égalité des chances et l’accès aux mêmes possibilités d’emploi, de formation et de financement que les autres diplômés.

Le Sénégal dispose d’une richesse humaine considérable. Il serait dommage de laisser une partie de ses compétences en marge du marché du travail en raison d’une perception trop étroite de leur formation. La langue arabe doit être considérée comme une passerelle vers les secteurs économiques, administratifs, scientifiques et professionnels, et non comme une frontière.

Nous appelons donc à une réforme claire : distinguer les missions relevant des affaires religieuses de celles relatives à l’insertion professionnelle, rapprocher cette dernière des structures nationales compétentes en matière d’emploi et de formation, mobiliser les ressources disponibles et confier la mise en œuvre à une équipe qualifiée, inclusive et évaluée sur des résultats concrets.

 

Dr Souleymane Gadiaga

Président du Mouvement des Arabophones du Sénégal

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