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Contribution sur la Palestine : où est passée la voix du Sénégal ? (Par Souleymane Gadiaga De Honoris Causa)

Contribution sur la Palestine : où est passée la voix du Sénégal ? (Par Souleymane Gadiaga De Honoris Causa) Spécial

Pour un sursaut diplomatique à la hauteur de la responsabilité internationale de notre pays, il est des responsabilités internationales qui dépassent les alternances politiques et les changements de régime. La question palestinienne appartient à cette catégorie. Elle touche au droit international, à la justice, à la dignité humaine et à la crédibilité de la parole des États.

Le Sénégal assume toujours officiellement la présidence du Comité de l’ONU chargé de l’exercice des droits inaliénables du peuple palestinien. Cette responsabilité appartient à l’État du Sénégal. Elle nesaurait donc être considérée comme l’apanage d’un gouvernement ou d’une période politique. Elle s’inscrit dans la continuité de notre diplomatie et dans une tradition nationale de défense du dialogue, de la paix et du droit des peuples.

Mais une question mérite aujourd’hui d’être posée avec respect et gravité : Où est passée la voix du Sénégal ? Depuis plusieurs années, et particulièrement face à l’ampleur de la tragédie qui frappe Gaza, la Cisjordanie et les territoires palestiniens, notre pays semble avoir perdu une partie de la visibilité et de l’initiative qui caractérisaient autrefois son engagement sur cette question.

Pendant que la communauté internationale multiplie les débats, les prises de position, les initiatives diplomatiques et les appels à la protection des populations civiles, la parole du Sénégal paraît insuffisamment audible. Face aux morts, aux destructions, aux déplacements de populations et à l’effondrement des conditions de vie des civils, le silence ne peut constituer une réponse.

Il ne s’agit évidemment pas de demander au Sénégal d’abandonner sa tradition de diplomatie discrète, de dialogue et de médiation. Une diplomatie discrète peut être efficace ; elle ne doit cependant jamais devenir une diplomatie silencieuse.

Monsieur le Président, le Sénégal doit reprendre la parole. C’est pourquoi nous lançons un appel solennel à Son Excellence Monsieur Bassirou Diomaye Faye, Président de la République, afin qu’il redonne au Sénégal toute sa place et toute sa voix sur la question palestinienne. Cette interpellation n’est ni une attaque contre le gouvernement ni une démarche partisane. Elle relève d’une conviction profondément républicaine : la politique étrangère et les grandes responsabilités internationales de l’État doivent transcender les alternances et les clivages politiques.

La cause palestinienne bénéficie, depuis longtemps, d’une sensibilité particulière au Sénégal. Elle est présente dans notre histoire diplomatique, dans notre société et dans la conscience de nombreuses générations de Sénégalais. Nos universitaires, nos intellectuels et nos foyers religieux ont régulièrement porté cette question, notamment à travers des rencontres consacrées à Al-Qods et à la paix au Proche-Orient.

Il serait donc regrettable que cette tradition s’efface progressivement du débat national au moment même où la situation exige davantage d’attention, de courage et d’engagement. Le Sénégal doit transformer sa responsabilité en action. Notre pays dispose aujourd’hui d’une responsabilité et d’une tribune internationales qui lui offrent

l’occasion de faire entendre une parole forte en faveur du respect du droit international, de la protection des populations civiles, de l’accès humanitaire et d’une paix juste et durable. Nous ne demandons pas une diplomatie de confrontation. Nous demandons une diplomatie de conviction. Nous ne demandons pas au Sénégal de rompre avec sa culture du dialogue. Nous lui demandons de faire vivre ce dialogue avec davantage d’initiative, de constance et de visibilité.

Monsieur le Président de la République, la Palestine ne doit pas devenir une question secondaire dans la diplomatie sénégalaise. Le Sénégal n’a pas juridiquement abandonné la responsabilité qui lui a été confiée. Mais il est temps que cette responsabilité redevienne visible, audible et pleinement assumée dans l’espace international. L’histoire diplomatique de notre pays nous oblige. Notre conscience nationale nous interpelle. La gravité de la situation palestinienne nous commande d’agir. Pour la paix. Pour le droit. Pour la protection des civils. Pour la justice. Pour la Palestine. Le Sénégal doit parler. Et il est temps que le monde entende à nouveau sa voix.

Dr Souleymane Gadiaga, 

Coordonnateur du Mouvement des Arabophones du Sénégal

Groupement des diplômés des instituts et universités arabo-islamiques

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