Réunis autour d’un panel sur la thématique du retrait des bases militaires françaises au Sénégal, des activistes et intellectuels panafricanistes ont salué la décision des nouvelles autorités sénégalaises d’engager le départ des troupes françaises du territoire national. Toutefois, ils appellent à aller plus loin en dénonçant l’ensemble des accords de défense qui, selon eux, perpétuent une dépendance politique, stratégique et idéologique.
Le débat sur la présence militaire française en Afrique connaît un nouveau tournant au Sénégal. Après plusieurs décennies de revendications portées par des mouvements citoyens et panafricanistes, les récentes annonces des autorités sénégalaises concernant le départ des bases militaires françaises ont suscité un vif intérêt dans l’opinion publique.
Pour les organisateurs du panel, cette décision constitue une avancée majeure dans la reconquête de la souveraineté nationale, mais elle ne doit pas s’arrêter là. « Depuis 2016, nous menons la bataille pour dire que l’armée française n’a plus le droit d’être sur nos sols. Saluer la décision du retrait, oui, mais il faut aller au-delà », a déclaré l’un des intervenants.
Selon les panélistes, les accords de défense liant Dakar à Paris reposent sur trois volets : la présence militaire, le partage de renseignements et la formation des officiers. Si la première composante a été remise en question, les deux autres, jugées encore plus sensibles, demeurent intactes.
« Le partage de renseignements donne à la France la possibilité d’espionner nos États. Quant à la formation de nos officiers, elle vise à inculquer la doctrine militaire française afin de maintenir notre dépendance stratégique », a-t-il ajouté.
Un appel à la dénonciation complète des accords de défense car les intervenants ont rappelé que le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont déjà franchi le pas en rompant totalement leurs accords militaires avec la France.
« Pourquoi pas le Sénégal ? », s’interrogent-ils. « Ces accords prévoient un préavis de six mois pour leur dénonciation. Si les autres pays y sont parvenus, nous aussi pouvons le faire. »
Au-delà des aspects militaires, le panel a également abordé le contexte politique en France, marqué par la chute de popularité du président Emmanuel Macron et la montée du mécontentement social.
Pour les intervenants, le déclin de l’influence française sur le continent africain est directement lié à cette crise interne :
« La société française vit aujourd’hui les conséquences de décennies d’arrogance impériale. Si la France tremble, c’est une opportunité pour l’Afrique de se libérer définitivement de son emprise. »
La rencontre a également servi de cadre au lancement officiel de la chaîne panafricaine "Correctement", une plateforme médiatique indépendante qui se donne pour mission de rééquilibrer la production et la diffusion de l’information sur le continent.
« L’information est une arme géostratégique. Celui qui la détient détient le pouvoir. L’Afrique ne peut pas continuer à dépendre des médias étrangers pour parler d’elle-même », a expliqué le promoteur du média.
"Correctement" ambitionne de devenir un outil de conscientisation et de résistance médiatique, en donnant la parole aux peuples africains et en valorisant les initiatives locales.
M.TOURÉ
