Dans les institutions internationales, où les mots sont choisis avec la délicatesse d’un chirurgien et l’hypocrisie d’un diplomate, voilà que la vérité, cette vieille clandestine, refait surface… escortée par le FMI lui-même. Oui, vous avez bien lu : la dette cachée, longtemps reléguée au rang de rumeur d’opposants insomniaques, vient d’être officiellement baptisée par Abebe Aemro Selassie. Rideau levé sur un cadavre financier que tout le monde sentait, mais que personne n’osait vraiment regarder.
Sous le règne de Macky Sall, la République semblait tenir ses comptes comme on tient un secret de famille : avec élégance, silence… et quelques tiroirs bien verrouillés. Pendant que les discours parlaient d’émergence et de rigueur, les chiffres, eux, jouaient à cache-cache dans les coulisses budgétaires. Une dette parallèle, presque pudique, qui refusait obstinément d’apparaître dans le miroir officiel de l’État.
Et voilà que, comble de l’ironie, ce sont les nouvelles autorités qui débarquent avec la lampe torche, fouillent les placards et crient : « Regardez ce que nous avons trouvé ! » Le FMI, habituellement avare en compliments, applaudit presque à tout rompre. Transparence exceptionnelle, franchise exemplaire… on croirait entendre un professeur féliciter un élève pour avoir avoué une tricherie héritée de son voisin.
Mais derrière les mots polis de Selassie, le diagnostic est brutal : le Sénégal n’a pas seulement hérité d’un pouvoir, mais d’un passif bien dodu, une ardoise soigneusement maquillée qui transforme la gestion publique en exercice de haute voltige. Car enfin, gouverner avec une dette visible, c’est déjà compliqué ; avec une dette cachée, c’est de la prestidigitation.
Et pendant que l’ancien régime se drapait dans les habits du bâtisseur, voilà que les fondations apparaissent fissurées, rongées par ces engagements invisibles qui, aujourd’hui, réclament leur dû avec la discrétion d’un huissier… et la fermeté d’un créancier.
Au fond, cette affaire n’est pas seulement une question de chiffres. C’est une leçon de gouvernance à la sénégalaise : quand la vérité économique est différée, elle revient toujours, plus lourde, plus bruyante, et surtout… plus coûteuse. La dette cachée n’était pas une illusion. C’était juste une bombe à retardement, soigneusement rangée dans les archives du silence.
Et maintenant que le secret est éventé, reste une question simple, presque cruelle : qui paiera l’addition de ce dîner où tout semblait gratuit ?
