Au Sénégal et dans plusieurs pays du Sahel, moins de 2 % des contenus médiatiques traitent des énergies renouvelables. Un déficit d’information jugé préoccupant par les experts réunis à Dakar lors d’un atelier organisé par Africa Climate Insights et Teranga Lab.
La transition énergétique avance au Sahel, mais son traitement médiatique reste largement insuffisant. C’est le principal constat dressé lors d’un atelier organisé à Dakar par l’Africa Climate Insights, en partenariat avec l’Teranga Lab, autour du thème : « Le traitement médiatique des énergies renouvelables au Sahel ».
Réunissant journalistes, chercheurs, organisations de la société civile et acteurs du secteur énergétique, la rencontre a permis de présenter les résultats d’une étude menée au Sénégal, au Mali, en Mauritanie, au Burkina Faso et au Niger sur la couverture médiatique des questions liées à la transition énergétique.
Le diagnostic est sans appel : les sujets portant sur les énergies renouvelables occupent une place marginale dans les médias sahéliens.
« Il est regrettable de constater qu’on est à peine à 1 % de couverture médiatique autour de la transition énergétique », a alerté Awa Trawaré. Selon elle, ce faible intérêt médiatique constitue un frein majeur à l’émergence d’un débat public éclairé sur des enjeux pourtant décisifs pour l’avenir énergétique de la région
Face à l’urgence climatique et à la nécessité d’assurer un accès universel à l’énergie, plusieurs pays sahéliens multiplient les investissements dans les infrastructures vertes : centrales solaires, parcs éoliens ou encore projets hydroélectriques. Pourtant, ces transformations restent peu expliquées au grand public.
Pour Awa Trawaré, les médias doivent jouer un rôle central dans l’appropriation citoyenne de ces politiques publiques.
« On ne peut pas imaginer un débat public solide sans un journalisme de qualité capable d’expliquer les enjeux de la transition énergétique », a-t-elle insisté.
L’étude révèle également que les contenus publiés se limitent souvent à des comptes rendus institutionnels, sans analyse critique ni vulgarisation accessible. Une situation qui réduit la capacité des citoyens et des organisations de la société civile à participer aux débats sur les choix énergétiques nationaux.
Pour Alexandre Guberlet, cette faible couverture s’explique aussi par les priorités éditoriales dominantes dans les médias.
« Le narratif dominant dans nos contenus médiatiques reste la politique, parfois le sport ou les faits sensationnels. Les questions climatiques et environnementales sont perçues comme trop techniques ou trop sérieuses », analyse-t-il.
Le responsable de Teranga Lab estime toutefois que les rédactions gagneraient à diversifier leurs formats journalistiques afin de rendre ces sujets plus attractifs et engageants.
Il plaide notamment pour le développement du journalisme de solutions, une approche qui permet d’évaluer concrètement l’impact des politiques et projets énergétiques sur les populations.
« Le compte rendu est aujourd’hui le format dominant, mais il reste souvent plat et insuffisant pour restituer toute la complexité des enjeux », souligne-t-il.
Chercheur en médias et environnement, Birame Faye met en avant une autre difficulté : le conservatisme des lignes éditoriales.
Selon lui, de nombreux médias continuent de privilégier des rubriques traditionnelles comme la politique, les faits divers ou le sport, au détriment des enjeux climatiques et énergétiques.
« Les lignes éditoriales n’ont pratiquement pas évolué depuis plusieurs décennies, alors que les enjeux de société ont profondément changé », regrette-t-il.
L’étude montre également que 97 % des contenus analysés relèvent du simple compte rendu et que les principales sources citées restent les autorités institutionnelles, limitant ainsi la diversité des points de vue.
Parmi les obstacles identifiés figurent également :
le manque de formation spécialisée des journalistes ;
les difficultés de financement ;
l’accès limité aux sources d’information ;
l’absence de rubriques environnementales permanentes dans les rédactions.
Pour tenter de combler ce déficit, Africa Climate Insights affirme avoir engagé plusieurs initiatives depuis 2023, notamment des sessions de formation destinées aux journalistes spécialisés en environnement.
L’organisation a également mis en place un consortium de journalistes francophones dédié aux questions de transition énergétique afin de créer une dynamique de collaboration durable entre experts et professionnels des médias.
Les participants à l’atelier ont enfin insisté sur la nécessité d’institutionnaliser davantage le traitement des questions environnementales dans les rédactions africaines, à travers la création de desks spécialisés et de rendez-vous éditoriaux réguliers.
Dans un contexte marqué par les débats autour du pétrole, du gaz et des énergies renouvelables au Sénégal et dans l’espace sahélien, les organisateurs estiment qu’une information de qualité constitue désormais un enjeu démocratique majeure
Mamadou Touré
