Après quatre années de service au sein du programme « Nano Crédit » piloté par la DER/FJ, des dizaines de jeunes agents recrutés dans le cadre du programme « Xëyu Ndaw Ñi » ont vu leurs contrats rompus sans préavis. Une décision qui suscite incompréhension, colère et inquiétude sociale.
Le 30 septembre 2025, plusieurs dizaines de jeunes Sénégalais affectés à la Délégation générale à l’Entreprenariat Rapide des Femmes et des Jeunes (DER/FJ) ont été informés, sans ménagement, de la non-reconduction de leurs contrats. Ils faisaient partie des bénéficiaires du programme gouvernemental « Xëyu Ndaw Ñi », lancé en 2021 pour lutter contre le chômage des jeunes.
Ces agents, mobilisés sur le terrain dans le cadre du dispositif « Nano Crédit », ont œuvré pendant quatre ans à l’identification, l’accompagnement et au suivi des bénéficiaires de microfinancements dans les 14 régions et 46 départements du pays. Ils ont contribué au financement de plus de 170 000 bénéficiaires, pour un montant global de 55 milliards FCFA.
Une rupture brutale aux lourdes conséquences sociales car pour ces jeunes agents, la fin de contrat est d’autant plus brutale qu’aucun signal d’alerte n’avait été donné. Selon leurs témoignages, malgré un salaire modeste de 150 000 FCFA, ils ont accepté les conditions de travail difficiles, souvent en zone rurale, par devoir et par patriotisme. Leur motivation ? Participer à une initiative qui, sur le papier, visait à favoriser l’autonomisation économique des jeunes et des femmes.
Mais derrière les beaux discours, une réalité administrative plus sombre semble s’être installée. Une convention liait initialement la DER/FJ et les collectivités territoriales pour le co-financement des salaires. Faute d’engagement financier soutenu de la part de la DER, les communes se seraient progressivement retirées, menant au désengagement final.
Dans une déclaration transmise à la presse, les agents dénoncent une injustice manifeste et appellent la nouvelle Déléguée générale de la DER/FJ, Mme Aïda Mbodj, à revenir sur cette décision qu’ils jugent précipitée et injustifiée. Ils soulignent que la DER/FJ, dotée d’une autonomie financière, aurait pu assumer seule la continuité des salaires pour conserver des travailleurs déjà formés et pleinement opérationnels.
Ils interpellent également le Président de la République et le Premier Ministre, les appelant à éviter « un drame social » qui menace aujourd’hui des centaines de familles.
Un test de crédibilité pour la politique de l’emploi des jeunes, car ce licenciement collectif soulève des questions plus larges sur la durabilité et la sincérité des politiques publiques en matière d'emploi. Le programme « Xëyu Ndaw Ñi », censé offrir des perspectives concrètes à la jeunesse, est aujourd’hui mis à mal par une gestion jugée opaque et une absence de continuité.
À travers cet appel, les jeunes travailleurs licenciés espèrent mobiliser l’opinion publique, la société civile et les syndicats, pour défendre leurs droits et dénoncer un système qui les a, selon eux, utilisés avant de les abandonner.
M. TOURÉ
