Face à la vulnérabilité croissante des zones côtières et insulaires du Sénégal, fortement affectées par l’érosion, la salinisation et la dégradation des écosystèmes marins, l’organisation Jeunes Volontaires pour l’Environnement (JVE) Sénégal, en partenariat avec Oxfam au Sénégal, a lancé une campagne de plaidoyer pré-COP30 baptisée « Femmes, Climat et Résilience ».
L’initiative, tenue à la Direction des Paysages Urbains et des Espaces Publics de Dakar, s’inscrit dans le cadre du projet African Activists for Climate Justice (AACJ) et vise à amplifier les voix des femmes, des jeunes et des communautés vulnérables dans le débat climatique international.
Au Sénégal, la montée du niveau de la mer grignote chaque année les côtes sableuses de 1 à 2 mètres. Les populations vivant dans les zones côtières — du Delta du Saloum à la Casamance en passant par la Petite Côte — font face à une double peine : les impacts du changement climatique et l’enclavement économique et social.
Si l’État et ses partenaires ont engagé des mesures d’adaptation (digues, remblais, aires protégées), les besoins restent largement supérieurs aux financements disponibles. Les communautés locales, en première ligne, développent des stratégies d’adaptation de survie, souvent temporaires, dans un contexte de pauvreté persistante.
« Les femmes et les jeunes sont les plus affectés par le changement climatique, mais trop souvent absents des espaces de décision », a rappelé Moussa Abou El-Satouké, chargé de projet AACJ à JVE Sénégal.
À travers cette campagne, JVE et Oxfam veulent renforcer la participation citoyenne et faciliter l’accès à l’information climatique, en vue d’influencer les négociations de la COP30, prévue en novembre 2025 à Belém (Brésil).
La journée a été rythmée par deux activités majeures :
Le Climate Justice Talk, un atelier de co-création de narratifs de plaidoyer autour de l’érosion côtière, de la justice climatique et de la transition énergétique juste ;
Une causerie communautaire, réunissant femmes transformatrices, commerçantes, organisations de jeunes et représentants municipaux, notamment ceux de la commune de Bargny.
Les discussions ont mis en lumière plusieurs priorités :
L’accès équitable aux financements climatiques, encore trop complexe pour les communautés locales ;
La nécessité d’une transition énergétique juste, passant des énergies fossiles aux énergies propres ;
L’implication effective des femmes et des jeunes dans les instances de gouvernance environnementale et les grands rendez-vous mondiaux comme la COP30.
En marge du panel, un webinaire interactif et des podcasts “Héroïnes Vertes” ont été lancés, offrant une tribune aux slameurs et jeunes militants pour exprimer leur vision d’une justice climatique inclusive.
Cette campagne pré-COP30 marque une étape essentielle dans la mobilisation des acteurs communautaires en amont des négociations internationales.
Elle rappelle l’urgence de placer les populations locales au cœur des politiques climatiques, non pas comme bénéficiaires passifs, mais comme acteurs de la résilience.
« Le financement est disponible, mais les procédures sont trop lourdes. Il faut les simplifier pour que les communautés deviennent réellement résilientes face aux chocs climatiques », a insisté Moussa Abou El-Satouké.
Avec « Femmes, Climat et Résilience », le Sénégal démontre une fois de plus que la lutte contre le changement climatique ne se gagnera qu’en écoutant celles et ceux qui en subissent déjà les effets.
Mamadou Touré
