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Éducation : les écoles inondées, un éternel naufrage sous promesses de réhabilitation

Éducation : les écoles inondées, un éternel naufrage sous promesses de réhabilitation Spécial

À chaque rentrée scolaire, la scène se répète, presque inchangée : des élèves contraints de patauger dans la boue pour rejoindre des salles de classe envahies par les eaux. Le ministre de l’Hydraulique et de l’Assainissement, Cheikh Tidiane Dièye, a beau assurer que sur les 280 écoles inondées recensées pour la rentrée 2025-2026, 240 ont été “libérées des eaux”, l’annonce sonne comme un refrain déjà entendu, masquant à peine une réalité plus tenace : l’école sénégalaise, elle, reste prisonnière d’un cycle d’urgence perpétuelle.

Depuis plus d’une décennie, les inondations perturbent régulièrement la rentrée scolaire, révélant la fragilité structurelle des infrastructures éducatives du pays. Derrière les chiffres officiels, il y a les cours noyées, les latrines impraticables, les tables-bancs rongés par l’humidité, les enseignants contraints d’improviser dans des abris de fortune. La répétition de ces scènes interroge : que valent les plans “hivernage zéro eau” annoncés à grand renfort de communiqués ministériels si chaque année, des centaines d’établissements se transforment en mares stagnantes ?

Le ministre Dièye a précisé que 24 écoles restaient encore “en cours de traitement” et 17 autres “en attente de solutions définitives”. Une manière diplomatique d’avouer que les délais techniques et administratifs s’allongent alors que la saison des pluies, elle, ne prévient pas. Le programme d’assainissement urbain, pourtant doté de budgets récurrents, peine à suivre l’expansion démographique et la précarité des quartiers périphériques où se concentrent la majorité des sinistrés scolaires.

Son collègue de l’Environnement, Abdourahmane Diouf, a, de son côté, tenté d’introduire une note d’optimisme en annonçant un programme de reverdissement des établissements scolaires et universitaires, assorti de l’insertion de “curricula verts” dans les enseignements. Une initiative louable sur le papier, mais qui peine à masquer l’urgence première : redonner aux élèves des salles de classe sèches et sûres avant de leur enseigner l’écologie.

Car au-delà des promesses, le problème relève moins d’un manque de bonnes intentions que d’un déficit chronique de planification urbaine. La cartographie des zones à risque est connue, les rapports de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) ont depuis longtemps alerté sur la vulnérabilité de certaines communes, et pourtant, les mêmes écoles replongent chaque année sous les mêmes eaux.

Les autorités évoquent des “solutions structurelles” à venir, mais les familles, elles, n’en voient guère les effets. Dans plusieurs localités de Pikine, Guédiawaye ou Kaolack, des parents redoutent déjà un “retour des classes sous tente”. Une mère, rencontrée à Yeumbeul, confiait avec amertume : « Chaque année, on nous dit que le problème est réglé. Mais dès qu’il pleut deux jours, les enfants restent à la maison. »

L’école sénégalaise semble condamnée à lutter contre deux fléaux jumeaux : les inondations et l’oubli. Tant que les politiques publiques se contenteront de mesures palliatives plutôt que d’investissements durables dans les réseaux de drainage et l’entretien des infrastructures, la promesse d’une “rentrée apaisée” restera un slogan vidé de sens.

Un quart de siècle après les premiers “plans décennaux de l’éducation”, le Sénégal continue de réparer ce qu’il n’a jamais vraiment bâti pour durer.

 

 

 

 

 

 

 

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