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Consommation : l’inflation grimpe à 2,6 % en septembre

Consommation : l’inflation grimpe à 2,6 % en septembre Spécial

Selon le dernier Bulletin mensuel des statistiques du commerce extérieur publié le 10 octobre 2025 par l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD), les prix à la consommation ont progressé de 2,6 % en glissement annuel en septembre. Un chiffre modéré en apparence, mais qui masque un déséquilibre plus profond entre la dépendance du pays aux importations et la vulnérabilité du pouvoir d’achat des ménages.

L’ANSD souligne que cette hausse est largement portée par le renchérissement des produits alimentaires et boissons non alcoolisées (+4,9 %), confirmant la pression persistante sur les denrées de base. Les services de restauration et d’hébergement (+2,2 %), les biens d’ameublement et d’entretien ménager (+2,5 %) ou encore le transport (+2,5 %) participent également à cette tension sur les prix.

Les secteurs liés à la santé (+2,1 %) et aux boissons alcoolisées, tabac et stupéfiants (+8,4 %) connaissent eux aussi une hausse significative, reflétant une inflation diffuse, qui touche à la fois les biens essentiels et les produits de consommation secondaire.

L’agence statistique précise toutefois que la tendance est légèrement freinée par la baisse des prix dans les services d’information et de communication (-3,2 %) et dans les dépenses de soins personnels et biens divers (-1,4 %). Mais ces replis marginaux ne suffisent pas à inverser la dynamique générale.

Derrière cette évolution, l’inflation sous-jacente, excluant l’énergie et les produits frais, atteint +4,8 % en glissement annuel. Ce niveau élevé, relevé par l’ANSD dans son tableau de synthèse, témoigne d’une inflation structurelle durable, alimentée par la rigidité des coûts domestiques et la faiblesse des circuits de production locale.

La hausse des prix des produits locaux (+5,1 %) contraste avec la baisse des produits importés (-2,9 %), signe d’un déséquilibre paradoxal : alors que la demande intérieure se replie, la production nationale renchérit ses coûts, aggravant les tensions sur le panier de la ménagère.

Des signaux alarmants pour la consommation

Le rapport de l’ANSD met en évidence une évolution différenciée selon la durabilité des biens : les produits non durables – notamment alimentaires – augmentent de 3,8 %, les services de 1,9 %, tandis que les biens durables et semi-durables progressent respectivement de 1,2 % et 0,4 %.

Autrement dit, la poussée inflationniste ne se limite plus aux aléas saisonniers : elle traduit une érosion continue du pouvoir d’achat, particulièrement ressentie dans les foyers à revenu moyen ou modeste.

À l’heure où le gouvernement mise sur la relance industrielle et les promesses énergétiques, cette publication de l’ANSD vient rappeler la fragilité de l’équilibre macroéconomique. Le ralentissement du commerce extérieur, observé dans le même Bulletin, amplifie l’impression d’une économie en tension, qui peine à absorber les chocs successifs depuis 2020.

La tonalité générale du rapport laisse planer un certain pessimisme. Alors que la prochaine publication de l’ANSD est attendue pour le 10 novembre 2025, les marges de manœuvre semblent limitées. Le recul des prix à l’importation ne compense pas la hausse des coûts domestiques, et la dépendance aux produits alimentaires importés continue d’exposer le Sénégal aux fluctuations mondiales.

Dans un contexte de resserrement monétaire et de pression budgétaire, cette inflation, même contenue, pourrait raviver les tensions sociales. Le risque, à moyen terme, est celui d’un essoufflement de la demande intérieure et d’une reprise économique sans souffle, à l’image d’un moteur que l’on force à tourner sur un réservoir vide.

 

 

 

 

 

 

 

 

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