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Farba Ngom : entre détention arbitraire et menace sur la santé, la justice sénégalaise interpellée

Farba Ngom : entre détention arbitraire et menace sur la santé, la justice sénégalaise interpellée Spécial

Neuf mois de détention sans audition, un état de santé jugé incompatible avec la vie carcérale, et un silence judiciaire qui inquiète. Le cas de Farba Ngom, ancien fonctionnaire poursuivi dans une affaire de détournement présumé de 125 milliards de francs CFA, suscite l’indignation d’une partie du barreau sénégalais, qui dénonce une violation manifeste des droits de la défense et des principes fondamentaux du procès équitable.

Lors d’une récente conférence de presse, plusieurs avocats ont pointé du doigt ce qu’ils qualifient de « dérives graves » dans la procédure ayant conduit à la détention de M. Ngom. Selon eux, ce dernier est placé sous mandat de dépôt depuis le 27 février dernier sans avoir été entendu sur le fond du dossier.

« Neuf mois que ces personnes croupissent en prison, sans audition, alors qu’aucune preuve n’existe à ce jour », a fustigé l’un des avocats.

Les conseils de la défense dénoncent une procédure unilatérale et non contradictoire, contraire aux engagements internationaux du Sénégal en matière de respect des droits humains.

Ils rappellent que le juge d’instruction n’est pas tenu de suivre mécaniquement le réquisitoire du procureur, et qu’il pouvait — et devait — diligenter une enquête préliminaire avant toute inculpation.

« On s’empresse d’inculper, de placer sous mandat de dépôt, puis d’aller chercher des plaintes », déplore un autre avocat, évoquant une « injustice procédurale » contraire aux principes du droit pénal moderne.

Plus alarmant encore, l’état de santé de M. Ngom a été déclaré incompatible avec la détention par plusieurs expertises médicales.

D’après la défense, deux rapports successifs de professeurs de médecine confirment la gravité de sa situation, évoquant même le risque d’une « mort subite » s’il reste incarcéré.

Malgré ces conclusions, la justice maintient la détention, s’opposant à la mainlevée du mandat de dépôt.

« Lorsque l’état de santé est incompatible avec la vie carcérale, la loi est claire : la personne doit être libérée », rappelle un avocat, dénonçant un refus d’appliquer le droit « par crainte ou par calcul ».

Au-delà du cas individuel de Farba Ngom, les avocats voient dans cette affaire le symptôme d’un malaise plus profond : l’absence d’indépendance entre les fonctions de poursuite et d’instruction, et une interprétation « paresseuse » des textes de loi.

« L’indépendance du juge d’instruction est tuée par la toute-puissance du parquet », a souligné un des intervenants.

Selon eux, la justice pénale sénégalaise souffre également d’un désintérêt manifeste pour les questions de droits de l’homme, pourtant au cœur de la Constitution et des conventions internationales ratifiées par le pays.

Les avocats appellent à une refonte profonde du système judiciaire, afin de garantir une véritable indépendance des magistrats et de replacer la dignité humaine au centre des procédures pénales.

« Le Sénégal s’honorerait en respectant les droits de la défense et les engagements qu’il a librement souscrits », concluent-ils, appelant à une application rigoureuse de la loi et à la libération immédiate de Farba Ngom pour raisons médicales.

M. TOURÉ 

 

 

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