Réunis pour alerter l’opinion publique, les travailleurs de Dakar Dem Dikk dénoncent la dégradation continue de leurs conditions de travail, l’absence de signature de l’accord d’établissement et le manque de moyens matériels. Ils appellent l’État et la direction à agir pour sauver l’entreprise publique de transport, aujourd’hui à bout de souffle.
Les agents de Dakar Dem Dikk SA ont choisi de briser le silence. Non pas pour manifester, mais pour alerter sur une situation qu’ils jugent « insoutenable ». Dans un communiqué fort, les travailleurs décrivent une entreprise en crise, minée par des années de négligence et de manque de vision, alors même que les besoins en mobilité urbaine dans la capitale sénégalaise ne cessent de croître.
« Nous ne sommes pas réunis pour protester, mais pour alerter », soulignent-ils, évoquant la dégradation constante des conditions de travail, des salaires dérisoires et surtout l’absence persistante de signature de l’accord d’établissement, pourtant négocié et validé depuis longtemps.
Des conditions de travail jugées indignes car sur le terrain, le constat est alarmant. Dans les dépôts, gares et terminus, les agents exercent dans des environnements insalubres et vétustes. Les locaux sont dépourvus de commodités élémentaires, les sanitaires dans un état déplorable, et les espaces de repos quasi inexistants.
À cela s’ajoutent des horaires épuisants, un stress quotidien et une absence totale de sécurité, exposant les travailleurs à des agressions verbales et physiques.
« Ces conditions ne sont pas dignes d’un service public », déplorent-ils, rappelant que ces difficultés affectent la santé physique et mentale des agents chargés d’assurer la mobilité de milliers de Sénégalais chaque jour.
L’un des points centraux des revendications concerne la signature de l’accord d’établissement, un texte social censé encadrer les conditions de travail, les primes, le temps de repos et la gestion des conflits internes.
Les travailleurs s’appuient sur l’appel du Président de la République, Bassirou Diomaye Diakhar Faye, qui a récemment rappelé l’importance de tels accords pour instaurer une paix sociale durable dans les entreprises publiques.
Ils exigent donc la signature immédiate de cet accord, considéré comme une étape essentielle pour restaurer un climat de confiance et de stabilité au sein de Dem Dikk.
Des salaires dérisoires et un matériel roulant à bout car la crise est aussi financière. Le budget alloué au service public de transport ne permet pas de couvrir les coûts réels d’exploitation. Les agents se disent sous-payés, alors qu’ils endossent de lourdes responsabilités dans un contexte difficile.
Le manque chronique de bus aggrave la situation : certaines lignes sont supprimées, d’autres réduites, tandis que les véhicules encore en circulation sont en surcharge et souvent défaillants, causant des retards et des malaises à bord.
Les travailleurs plaident pour la poursuite du programme d’acquisition des 1 400 bus IVECO, dont 370 ont déjà été livrés, ainsi que l’achat de 400 bus fonctionnant au gaz naturel, pour moderniser la flotte et réduire les coûts d’exploitation.
Autre anomalie soulevée : Dem Dikk ne possède aucun patrimoine foncier ni infrastructure propre.
« Aucune gare, aucun terminus, aucun site stratégique n’est au nom de la société », dénoncent les agents, estimant qu’une telle situation fragilise durablement l’entreprise et contredit la vision d’un service public fort et pérenne.
Ils demandent à l’État d’octroyer à la société des sites officiels pour garantir la stabilité de ses activités.
Les travailleurs réclament également des indemnités de logement équitables et une revalorisation salariale à la hauteur des sacrifices consentis.
Leur mot d’ordre est clair : « Ensemble pour un service public digne, humain et efficace.
Mamadou Touré
« Derrière chaque bus en panne, chaque retard, chaque ligne supprimée, il y a des travailleurs épuisés et une population lésée. »
Pour eux, le redressement de Dakar Dem Dikk passe par le respect des agents, des investissements structurels et une véritable volonté politique.
Car, concluent-ils, « servir le peuple, c’est d’abord respecter ceux q
ui le font chaque jour. »
