Il est des situations qui interpellent la conscience de tout citoyen, non pas parce qu’il faudrait prendre parti dans une procédure judiciaire, mais parce qu’au-delà des dossiers et des procédures, il y a toujours un être humain, une famille, une réputation et une dignité. C’est dans cet esprit que je souhaite attirer l’attention sur la situation de Shuaibo Aboumadiana, connu sous le nom d’Abou Amir, un citoyen sénégalais dont le parcours mérite, à mon sens, d’être regardé avec sérénité et objectivité.
Abou Amir est issu du Baol, d’une famille profondément enracinée dans le terroir sénégalais. Il est issu de cette tradition des Baol-Baol, souvent associés au goût du travail, à l’effort, à l’initiative et à la capacité de bâtir à partir de peu. Formé dans la tradition du Daara, attaché à l’enseignement coranique et à la tradition mouride, il a, par ses propres efforts, construit un parcours qui l’a progressivement conduit au-delà des frontières du Sénégal.
Au fil des années, il aurait développé des relations et des réseaux importants à l’international, notamment dans plusieurs pays du Golfe. Cette ouverture internationale, lorsqu’elle est mise au service du Sénégal, peut constituer une véritable ressource pour notre pays.
C’est précisément pour cette raison que sa situation actuelle ne devrait laisser personne indifférent.
Selon les éléments qu’il présente et les déclarations qu’il a lui-même formulées, Abou Amir affirme avoir subi une période particulièrement difficile : arrestation, détention, accusations qu’il conteste, puis libération sans qu’un jugement ne soit intervenu à son encontre. Il affirme également avoir subi d’importants préjudices matériels et financiers, notamment concernant des véhicules et d’autres biens dont il demande aujourd’hui que la situation soit juridiquement clarifiée.
Il affirme par ailleurs que son image a été gravement atteinte par certaines campagnes médiatiques et qu’il n’a pas toujours eu la possibilité de faire entendre sa propre version des faits. Ces affirmations doivent naturellement être examinées dans le cadre approprié et par les autorités compétentes.
Mais une question demeure : un citoyen doit-il être définitivement condamné dans l’opinion publique avant même que la justice ait définitivement tranché ?
La réponse ne peut être que non.
La justice doit faire son travail en toute indépendance. Ceux qui estiment avoir subi un préjudice doivent pouvoir saisir les juridictions compétentes. Ceux qui sont mis en cause doivent pouvoir répondre aux accusations portées contre eux. Et lorsqu’un citoyen affirme que ses biens ont été saisis, utilisés, détériorés ou perdus, il est légitime qu’il demande que les responsabilités soient établies et que, le cas échéant, réparation lui soit accordée conformément à la loi. C’est pourquoi je lance aujourd’hui un appel citoyen à l’équité et à l’apaisement.
Il ne s’agit pas de demander une faveur particulière pour Abou Amir. Il ne s’agit pas non plus de demander à l’Exécutif de se substituer à la Justice. Il s’agit simplement de rappeler un principe essentiel : tous les citoyens sont égaux devant la loi et tous ont droit à la dignité, à la défense et à un traitement équitable.
Je souhaite également que les autorités, dans le cadre de leurs responsabilités respectives et sans aucune ingérence dans la justice, puissent favoriser les conditions d’un apaisement et permettre, si les conditions juridiques le permettent, que ce citoyen puisse envisager un retour au Sénégal dans un climat serein.
Notre pays a besoin de toutes ses compétences.
Un Sénégalais qui a construit, par ses efforts personnels, des relations internationales importantes ne devrait pas être considéré uniquement à travers les difficultés qu’il traverse aujourd’hui. Son expérience, ses compétences, ses contacts et son réseau peuvent aussi constituer une ressource pour la nation.
Je souhaite donc que son dossier soit examiné avec toute la rigueur nécessaire, que les faits soient établis, que les responsabilités éventuelles soient déterminées et que les préjudices qu’il affirme avoir subis soient, le cas échéant, réparés conformément au droit.
Je souhaite surtout que son honneur et son image ne soient pas définitivement sacrifiés dans une bataille médiatique.
La justice ne doit pas seulement établir la culpabilité ou l’innocence. Elle doit aussi permettre de rétablir les droits lorsqu’ils ont été injustement atteints.
Mon appel s’adresse donc aux citoyens sénégalais : ne laissons pas un compatriote traverser seul une épreuve aussi lourde. Soutenir un citoyen ne signifie pas condamner la justice ni prendre parti pour ou contre quelqu’un. Cela signifie simplement demander que la vérité soit recherchée, que la dignité soit respectée et que le droit soit appliqué à tous avec la même rigueur.
Et si, au terme de cet examen, rien ne s’oppose juridiquement à son retour, souhaitons qu’Abou Amir puisse retrouver son pays et mettre son expérience, ses relations et ses capacités au service du Sénégal.
Le Sénégal a besoin de ses fils.
La justice a besoin de vérité.
La réconciliation a besoin de justice.
Et la dignité du citoyen doit rester au-dessus de toute considération.
Souleymane Gadiaga
