mercredi 5 octobre 2022 | Login
Dakar inondée : vive le progrès !

Dakar inondée : vive le progrès ! Spécial

 

"Il existe un tableau de Klee qui s'intitule Angelus novus. Il représente un ange qui semble avoir dessein de s'éloigner de ce à quoi son regard semble rivé. Ses yeux sont écarquillés, sa bouche ouverte, ses ailes déployées. Tel est l'aspect que doit avoir nécessairement l'ange de l'histoire. Il a le visage tourné vers le passé. Où paraît devant nous une suite d'événements, il ne voit qu'une seule et unique catastrophe, qui ne cesse d'amonceler ruines sur ruines et les jette à ses pieds. Il voudrait bien s'attarder, réveiller les morts et rassembler les vaincus. Mais du paradis souffle une tempête qui s'est prise dans ses ailes, si forte que l'ange ne peut plus les refermer. Cette tempête le pousse incessamment vers l'avenir auquel il tourne le dos, cependant que jusqu'au ciel devant lui s'accumulent les ruines. Cette tempête est ce que nous appelons le progrès".

 

Les inondations survenues hier à Dakar, avec son lot de désolation m'ont fait penser à ce texte de Benjamin. En l'an 2000, Dakar sera comme Paris, prophetisait le chanteur. Les sols qui devaient absorber les eaux sont goudronnés, carrelés ou pavés, les arbres déracinés au nom du développement et du progrès. Les pandémies, les incendies et autres sécheresses ravagent la planète, le progrès est passé par là. Les petites et les grandes guerres se multiplient et les protagonistes ont tous pour credo le progrès. Vivre sur une planète défigurée, dans des villes  déshumanisées, est-ce là le prix à payer au progrès?
Je ne suis pas preneur de cette marchandise. J'ai trouvé refuge à Yenne, un petit village de pêcheurs où on a encore la chance de pouvoir écouter le silence, en attendant l'arrivée du progrès que nous promet le port qui effacera de notre mémoire Geeju Ndayaan que nous contait grand-mère ! Qui contera cette histoire à mes petits-enfants de la génération du digital ? Peut-être la seule mémoire ineffaçable, celle de l'eau qui jamais n'oublie son chemin ? 

 

 

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